Comment fonctionnent les radicaux en chinois ?

Comment fonctionnent les radicaux en chinois ?

Les radicaux sont considérés comme les éléments de base des caractères chinois. Il en existe 214 différents, et en se combinant les uns aux autres, ils permettent de créer des idéogrammes plus complexes. Mais en pratique, ce n'est pas si simple que cela. Savez-vous vraiment ce que représentent les radicaux, leur fonction réelle, les différents types et leur rôle dans le caractère ?

L'un des aspects les plus passionnants de l'apprentissage du chinois est son système d'écriture, dont la logique est tout simplement fascinante. Bien plus qu'une succession de traits, les caractères chinois peuvent être décomposés en unités élémentaires qui permettent de donner un sens à ce monde chaotique.

Que sont les radicaux des caractères chinois ?

Commençons par parler du français. Les mots sont composés de lettres assemblées pour former des syllabes. En revanche, toutes les lettres de l'alphabet ne peuvent pas être associées entre elles, il y a des combinaisons impossibles, mais aussi un nombre fini de syllabes.

C'est un peu la même chose en chinois, les caractères sont formés à partir de briques de base (ou de pièces de légo), qui sont associées entre elles. Si en français les syllabes ont uniquement une fonction phonétique (elles indiquent comment les prononcer), en chinois les radicaux sont surtout connus pour leur fonction sémantique, ils indiquent le sens.

De nouveaux caractères formés à partir de briques de base

Les pictogrammes permettent d'évoquer des choses simples avec quelques traits. Mais pour les idées plus complexes, les caractères ont été combinés pour créer un nouveau sens. On parle ainsi d'idéogrammes composés (会意字, huìyìzì), et les différents éléments qui les composent sont appelés des radicaux.

Par exemple, la femme 女 et le fils 子 forment 好(hǎo) qui signifie « bien ou bon ». On imagine ainsi que pour les anciens Chinois, avoir une femme et un fils était quelque chose de bien.

Le champ 田 et l'arbre 木 donne 果(guǒ), qui signifie « le fruit ».

La main 手 et l'oeil 目 donnent 看(kàn), qui signifie « regarder ». En effet, lorsque vous regardez quelque chose au loin, vous mettez votre main au-dessus des yeux, comme pour faire une visière et vous protéger du soleil.

La pluie 雨 et le champ 田 symbolisent le tonnerre 雷(léi).

Certains caractères se modifient lorsqu'ils sont utilisés en tant que radicaux

Tous les caractères chinois s'inscrivent dans un carré parfait, et tous ont la même dimension. Pour ceux qui sont composés de plusieurs radicaux, il devient vite évident que des simplifications doivent avoir lieu pour que cela reste lisible.

Plusieurs caractères, lorsqu'ils jouent le rôle de radical, peuvent ainsi prendre une forme plus simplifiée, voir être déformés, mais ce n'est pas systématique.

Variantes possibles de certains radicaux

Par exemple, dans 坐(zuò), qui signifie « s'assoir », on retrouve l'humain 人 et le sol 土. Par contre, dans 休(xiū), qui signifie « se reposer », c'est la forme simplifié de l'humain 亻 qui est utilisée avec l'arbre 木.

Il n'y a pas vraiment de règle, mais il faut connaître certains radicaux de base et leurs variantes possibles.

Les radicaux ne sont pas toujours des caractères

Si certains radicaux correspondent à des pictogrammes ou des idéogrammes existants, d'autres ne sont jamais utilisés de façon indépendante et ne sont jamais écrits seuls. Ce sont des éléments graphiques que l'on ajoute pour donner un nouveau sens.

On trouve par exemple le toit 宀, la colline 厂, la glace 冫 ou l'enclos 囗 ; ils sont toujours utilisés en complément d'autres radicaux.

  • Le toit 宀 au dessus de la femme 女 donnent 安(ān), qui signifie « sécurité ». Il était ainsi important d'avoir un toit au dessus de sa femme pour la mettre en sécurité ;
  • Le feu 火 et la colline 厂 symbolisent les cendres 灰(huī) ;
  • La glace 冫 et l'eau 水 symbolisent l'eau gelée (la glace) 冰(bīng);
  • L'enclos 囗 avec à l'intérieur une personne 人 donne le caractère du prisonnier 囚(qiú).

Le radical 囗 ne doit pas être confondu avec 口 qui est le radical de la bouche. Même s'ils sont représentés de la même façon, le radical de l'enclos entoure toujours d'autres éléments, comme dans 国(guó, pays), contrairement à celui de la bouche, comme dans 吃(chī, manger).

Les radicaux peuvent aussi indiquer la prononciation

Il est souvent dit que l'écriture chinoise n'est pas phonétique, et qu'en regardant un caractère que l'on ne connaît pas, il est impossible de savoir comment il se prononce. Ce n'est pas tout à fait vrai, car certains radicaux sont des éléments phonétiques.

Pour ces caractères, on parle alors d'idéophonogrammes, ou de caractères phono-sémantiques (形声字, xíngshēngzì), car ils sont composés d'un élément indiquant le sens, et d'un autre indiquant la prononciation. En revanche, il s'agit rarement de la prononciation exacte, comme nous allons le voir par la suite.

Dans le caractères 妈(mā) pour maman, on retrouve le radical de la femme 女 mais aussi celui du cheval 马. Pourquoi associer le cheval à la femme ??? En fait, le cheval n'a pas ici un rôle sémantique, il a un rôle uniquement phonétique.

En revanche, il n'indique pas la prononciation exacte, car maman 妈(mā) se prononce au premier ton, alors que cheval 马(mǎ) se prononce au troisième ton. La composante phonétique indique plutôt la syllabe (ou le pinyin), mais le ton est souvent différent.

C'est la même chose avec 骂(mà), qui veut dire « insulter », le sens est porté par le radical de la bouche 口, et le cheval est uniquement phonétique.

Les nombreux homophones en chinois

L'utilisation d'un radical phonétique dans les caractères implique que beaucoup vont se prononcer de la même façon, ou avec seulement une différence de ton. C'est d'autant plus vrai que le mandarin ne comporte qu'environ 400 syllabes, ce qui est très peu, et clairement insuffisant pour différencier tous les mots de la langue.

Prenons l'exemple du son « qing » qui est très courant en mandarin, et correspond à la prononciation de plusieurs caractères au sens très différent.

6 caractères chinois qui se prononcent Qing, mais avec un sens différent

Sur la partie droite, on retrouve 青(qīng), qui représente la couleur de la nature (bleu et vert), mais n'est utilisé que pour sa prononciation. À gauche, on retrouve différents radicaux porteurs de sens.

  • 情 (qíng) représente les sentiments ou les émotions, associé au radical du cœur ;
  • 清 (qīng) signifie « clair, pur », associé au radical de l'eau 氵 (car on dit bien clair comme de l'eau) ;
  • 请 (qǐng) est utilisé pour solliciter quelqu'un, l'inviter à quelque chose, il est donc associé au radical de la parole 讠;
  • 晴 (qíng) représente le beau temps, donc associé au soleil 日 ;
  • 蜻 (qīng) la libellule, associé au radical de l'insecte 虫 ;
  • 鲭 (qīng) le maquereau, associé au poisson 鱼.

Les radicaux regroupent les caractères chinois en familles

De nombreux idéogrammes sont ainsi composés d'un radical indiquant le sens, et d'une composante phonétique. Ils peuvent être ainsi regroupés au sein d'une famille partageant le même sens lexical. Lorsque vous regardez un caractère, vous pouvez ainsi avoir plus facilement avoir une idée de son sens général.

Par exemple, le radical de la parole 讠fait partie de nombreux caractères liés aux langues, discuter ou demander quelque chose. Il est généralement placé sur la partie gauche.

Caractères chinois avec le radical de la parole

Même chose avec le radical de l'eau qui apparaît dans des caractères liés aux cours d'eau, aux activités nautiques, à l'arrosage ou au lavage.

Caractères chinois avec le radical de l'eau

L'utilisation des radicaux est probablement le moyen le plus efficace d'apprendre les caractères chinois, en les travaillant par groupe correspondant à un même champ lexical. C'est une forme d'apprentissage par thème.

La partie phonétique porte aussi parfois du sens

Ce serait bien trop simpliste de considérer que le radical phonétique indique uniquement la prononciation. Dans bien des cas, il n'est pas choisi au hasard et il a un lien direct avec le sens général du caractère.

Par exemple le caractère 药(yào), qui signifie « médicament » est composé du radical de la plante (ou de l'herbe) 艹 et de 约(yāo) qui signifie « peser » (avec une balance). Ce dernier indique la prononciation, mais il est également lié à la médecine traditionnelle chinoise, qui utilise beaucoup la phytothérapie et les remèdes à base de plante. Ainsi, un médicament consistait en des herbes que l'on pesait.

De même 沙(shā) qui veut dire « sable » est composé du radical de l'eau 氵 et de 少(shǎo) qui veut dire « peu ». Le sable est quelque chose que l'on obtient quand il y a peu d'eau, évident non ? On notera par contre ici que 沙(shā) reprend uniquement le début de la prononciation de 少(shǎo), même s'il est considéré comme la partie phonétique.

Un dernier exemple avec 炒(chǎo), sauter (de la nourriture), composé du radical du feu 火 et de 少(shǎo). Donc faire sauter des aliments, comme dans un wok, c'est les mettre un peu sur le feu, les saisir rapidement à feu vif. La encore, la prononciation évolue, passant de shǎo à chǎo.

Qu'en est-il des caractères plus complexes ?

Il y a là encore beaucoup d'erreurs diffusées sur Internet, liés à une mauvaise compréhension de ce qu'est vraiment un radical.

Le cas le plus simple, est lorsque tous les composants du caractère indiquent le sens. Par exemple, 茶(chá), le thé, est composé de 艹(cǎo), l'herbe ou la plante, 人(rén), la personne 木(mù), l'arbre. La symbolique du caractère pour le thé devient alors évidente : l'Homme prend les feuilles qui poussent sur les arbres (le théier) et les transforme en thé. Le caractère 茶 incarne ainsi l'harmonie entre la nature et l'homme.

Caractères du thé et verbe désirer en chinois

En revanche, les choses se compliquent pour les caractères composés d'une partie sémantique et d'une partie phonétique.

Prenons l'exemple du caractère 想(xiǎng) qui signifie « désirer, penser, réfléchir ». À première vue, il est composé du coeur 心(xīn), de l'arbre 木(mù) et de l'oeil 目(mù). Quels sont les éléments sémantiques et phonétiques ?

Décomposer entièrement les caractères en radicaux, c'est perdre une partie de ce qu'ils sont vraiment.

Ici, c'est une erreur de revenir aux radicaux de base. 木(mù) et 目(mù) ne doivent pas être séparés, car ils forment le caractère 相(xiàng) qui signifie « apparence ».

想(xiǎng) est ainsi composé de deux éléments : une partie sémantique avec le radical du cœur 心(xīn), et une partie phonétique 相(xiàng).

Quelle est la différence entre un radical et une clé ?

Les notions de radical et clé sont souvent mal comprises et sont sources de confusion. Les deux ne sont pas interchangeables, car si les clés sont des radicaux, tous les radicaux ne sont pas des clés.

Le fait même de parler de radical est un abus de langage, car dans 情 (qíng), les sentiments ou les émotions, si 忄 est un radical, est ce que 青 est lui-même un radical ou bien faut-il aussi le décomposer en 龶 et 月. Cela n'apporte aucun sens sémantique et devient même confus, car l'aspect phonétique de 青 est perdu. Dans ce cas, il vaudrait mieux parler de « composants » ou « d'éléments ». 情 est composé de deux éléments, le radical du cœur 忄 et 青.

On ne devrait donc appeler « radical » que ce qui est porteur d'un sens.

La notion de clé est encore plus sujette à discussion. Son origine remonte à la création des dictionnaires, et notamment le 說文解字(shuōwén jiězì) il y a plus de 2000 ans, sous la dynastie Han.

Les caractères y étaient classés en différentes sections (部, bù) en fonction de composants graphiques similaires. Chaque caractère était donc classé dans une section, et il faut bien comprendre qu'il s'agissait avant tout d'un choix de l'éditeur et non quelque chose d'inhérent à la nature des caractères chinois.

Le premier caractère de chaque section était appelé bùshǒu(部首), littéralement « tête de section ». Il s'agit donc d'une clé d'entrée dans un dictionnaire. Les caractères chinois ne sont donc pas composés de clés, mais ils sont classés sous une certaine clé.

Dictionnaire chinois

On pourrait penser que le classement est fait en fonction de la partie sémantique, et que la « clé » correspond à la partie du caractère qui donne le sens. Même si c'est souvent le cas, il y a des fois où c'est l'inverse. Par exemple 到(dào), qui signifie « arriver » est classé sous la clé du couteau 刀 alors qu'il s'agit de la partie phonétique. De même pour 床(chuáng), le lit, 广 est à la fois la clé et la partie phonétique.

De même, lorsque les idéogrammes ne sont composés que de radicaux porteurs de sens, un choix a du être fait. Par exemple, pour le thé 茶(chá), c'est la clé de la plante 艹 qui a été retenue, mais cela aurait pu être celle de l'arbre 木.

Connaître la clé d'un caractère est complètement inutile, car il s'agit simplement d'un moyen de chercher dans un dictionnaire. Intrinsèquement, la clé n'est ni porteuse du sens, ni de la prononciation.

Finalement, cette notion de « clé » est utilisée pour un peu tout, et surtout pour n'importe quoi.

Où est placé le radical sémantique dans un caractère chinois ?

Dans un idéogramme composé, les différents radicaux peuvent se positionner différemment les uns par rapport aux autres. Les plus simples sont juxtaposés horizontalement ou verticalement. D'autres radicaux peuvent en entourer d'autres dans un coin, sur le côté ou même les englober complètement.

Différents emplacements des radicaux en chinois

Le radical porteur du sens peut se placer n'importe où, ce qui peut rendre son identification difficile. Même s'il est souvent placé à gauche ou en bas, on ne peut pas s'appuyer sur cette position pour l'identifier à coup sûr.

Par exemple, le radical du toit 宀 sera toujours en partie supérieure. Celui de la femme 女 sera généralement à gauche, parfois en bas, rarement à droite, mais jamais en haut.

Faut-il apprendre tous les radicaux ?

C'est une question que se posent beaucoup de ceux qui se lancent dans l'étude des caractères chinois, et je me la suis posée moi aussi.

A moins que vous ne vouliez utiliser un dictionnaire pour rechercher des caractères, apprendre la liste des 214 radicaux est la plupart du temps inutile. Quant aux clés, elles ne constituent pas des éléments fondamentaux de l'écriture chinoise, mais ont été simplement un moyen de classer (souvent de façon arbitraire) les caractères en fonction de leur champ lexical.

De plus, est-ce vraiment utile d'appendre que dans la caractère 多(duō) on retrouve deux fois le radical du coucher de soleil 夕 ? Ou encore que l'on retrouve le radical de l'arc 弓 dans 张(zhāng) ?

De nombreux radicaux n'ont plus aujourd'hui la symbolique qu'ils pouvaient avoir dans les temps anciens. En outre, les caractères ont été simplifiés, ils sont encore plus stylisés et l'histoire qu'ils racontent devient moins perceptible.

Cela ne veut pas dire qu'il faut les ignorer complètement, car ils peuvent beaucoup vous apprendre sur la façon dont les caractères sont construits et permettent de mieux les mémoriser.

Mais au lieu de penser en termes de radical, pensez en termes de composant et de fonction. Quels sont les éléments porteurs de sens ? Et quels sont ceux porteurs de la prononciation ? Cela clarifiera beaucoup de choses déroutantes sur les caractères chinois.

Comment fonctionnent les caractères chinois ?
Les caractères chinois ont évolué sur des milliers d'années pour inclure de nombreux styles différents, mais ils ont conservé des caractéristiques uniques.

En conclusion, tout ceci n'est qu'un début. Lorsque vous comprendrez ce que sont les composants phonétiques, vous les verrez partout, et comprendrez qu'il y a beaucoup de logique dans le système d'écriture chinois. Les caractères chinois semblent très déroutants au premier abord, mais la compréhension du véritable rôle des radicaux constitue la pièce la plus importante du puzzle.

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