Qīngmíng, le festival du nettoyage des tombes en Chine

Qīngmíng, le festival du nettoyage des tombes

Le Festival de Qīngmíng (清明节 Qīngmíngjié), également appelé « journée de nettoyage des tombes » est une importante fête traditionnelle. Le festival est célébrée 15 jours après l'équinoxe de printemps, généralement entre le 4 et le 6 avril. Cette tradition qui remonte à plus de 2500 ans symbolise le profond respect du peuple chinois pour ses ancêtres, et c'est l'une des plus importantes de la nation chinoise.

Depuis 2008, cette journée est fériée en Chine continentale. Et si elle tombe un samedi ou un dimanche, c'est alors le lundi 6 qui est férié, ce qui permet aux chinois de se rendre dans leur famille, parfois loin de leur lieu de travail.

Comment est célébré le festival Qīngmíng ?

Si ce festival est également appelé « journée de nettoyage des tombes » c'est qu'initialement c'était un moment de communion entre l'adoration de la vie et la tristesse de la mort. C'est lorsque le pays rend hommage aux membres de leurs famille et vénère ses ancêtres.

La tradition essentielle est de nettoyer les tombes, de faire faire des offrandes aux défunts. C'est donc en quelque sorte l'équivalent de la Toussaint en France. Cependant, les chinois profitent également de ce moment pour se promener dans la nature, faire voler des cerfs-volants ou bien manger des aliments spécifiques à cette période.

Nettoyage des tombes

L'entretien des tombes (扫墓 sǎomù) est le rituel majeur de cette journée et c'est un moyen de montrer du respect à ses ancêtres. Les familles se rendent sur le lieu de sépulture des ancêtres, désherbent et balayent les tombes.

À chaque festival Qīngmíng, tous les cimetières sont bondés de gens qui viennent balayer les tombes et apporter des offrandes. La circulation dans les allées des cimetières devient même parfois difficile. Mais les pratiques funéraires dans la campagne chinoise sont très différentes de celles dans les villes, le processus de nettoyage des tombes des ancêtres est différent selon l'endroit où l'on vit.

À la campagne, tombeaux chinois ont très peu changé au fil des ans. Beaucoup ne se trouvent pas dans un cimetière, mais souvent situés dans un endroit avec un bon Feng Shui, généralement enterrés sur le flanc d'une colline ou d'une montagne au lieu d'être incinérés. Tous les membres de la famille seront enterrés les uns à côté des autres.

enfant, cerf-volant

En raison de l'emplacement de ces tombes, leur nettoyage peut devenir une petite aventure. Il est souvent nécessaire de gravir une montagne pour accéder aux tombes qui se retrouvent envahis par les mauvaises herbes et les broussailles.

Dans quasiment toute la Chine, il est désormais interdit d'enterrer des proches de manière traditionnelle. Le gouvernement a mené des campagnes pour inciter à l'incinération des défunts. Même si des personnes vivant dans des régions isolées de la campagne trouvent encore des moyens pour éviter les interdictions d'enterrement traditionnel, la crémation s'est largement généralisée et elle est systématique dans les villes.

Chinois vénérant ses ancêtres durant Qīngmíng

Les cimetières sont généralement assez petits (l'urne funéraire prenant beaucoup moins de place qu'un cercueil), et consiste en des rangées de tablettes en pierre. L'entretien est alors plus facile et plus rapide, il consiste le plus souvent à balayer les feuilles mortes et nettoyer la saleté accumulée sur la tombe.

Dépose des offrandes

Une fois que les tombes sont dégagées et nettoyées, des offrandes sont déposées, telles que de la nourriture, des fleurs, le vin et le thé préférés de l'ancêtre, puis s'inclinent devant la tablette commémorative. Le peuple chinois croit que ces offrandes transmettent un confort matériel et procure du luxe à ceux qui ne les ont peut-être pas acquis de leur vie.

La cérémonie qui entoure Qīngmíng implique le numéro trois ; trois bols sont souvent disposés, le chef de famille verse du vin sur la tombe, puis les membres de la famille se relaient pour s'incliner trois fois chacun devant la pierre tombale, en se tant les mains. Ensuite, la nourriture est partagée entre elles par la famille en l'honneur de l'ancêtre.

Dépose des offrandes, Qīngmíng

Traditionnellement, les chinois faisaient également bruler du papier fait pour ressembler à de l'argent (纸钱 zhiqian), de l'encens (香 xiāng) et allumaient des pétards. Aujourd'hui, il est interdit de brûler de l'encens, du zhiqian et allumer des pétards dans de nombreuses villes de Chine, de sorte que les gens présentent des fleurs fraîches à la place, généralement des chrysanthèmes.

Le « festival de la nourriture froide » (寒食节 Hánshíjié) a généralement eu lieu un jour avant le festival Qīngmíng. Comme les chinois prolongeaient souvent la journée jusqu'à Qīngmíng, ces deux journées ont ensuite été combinées.

A Qīngmíng, la nature s'éveille à nouveau

Ce festival peut se voir comme une combinaison de tristesse et de bonheur. Face au moment triste et solennel du nettoyage de tombes, les gens apprécient également l'espoir du printemps ce jour-là. C'est un moment où le soleil brille, où les arbres et l'herbe deviennent verts et où la nature est à nouveau animée.

Le monde, végétal ou animal, fait ses adieux au sombre souvenir de l'hiver et embrasse la perspective florissante du printemps, en référence au yin et yang.

Depuis les temps anciens, les chinois ont cette coutume des sorties printanières, notamment auprès ceux qui n'ont pas pu retourner dans leur famille vénérer meurs ancêtres. C'est donc une époque de l'année propice au tourisme et si vous prévoyez un voyage en Chine durant cette période, attendez-vous à voir un peu plus de monde que d'habitude dans les transports.

Faire voler des cerfs-volants

Les gens adorent faire voler des cerfs-volants, et pas seulement pendant le festival Qīngmíng. C'est une activité traditionnelle, pratiquée par les jeunes et les moins jeunes, de jour comme de nuit. Le soir, de petites lanternes colorées sont attachées au cerf-volant. Les lanternes font ressembler les cerfs-volants à des étoiles scintillantes.

Le cerf-volant est censé porter chance et chasser les maladies, notamment si vous coupez la corde qui le retient. En le laissant voler et partir au loin, les cerfs-volants emporteraient avec eux les malheurs des gens dans le ciel.

enfant, cerf-volant

Que mangent les chinois pendant le festival de Qīngmíng ?

Comme le jour du nettoyage des tombes et celui des aliments froids sont maintenant le même jour, il est encore de coutume dans certains endroits de ne consommer que des aliments froids pendant Qīngmíng.

Dans le sud de la Chine, les gens mangent généralement des 青团子 (qīngtuánzi) ; ce sont des boulettes vertes, collantes et légèrement sucrées à base de riz gluant. Ces boulettes sont souvent farcies avec une garniture à base de pâte de haricots rouges sucrée.

qīngtuánzi, boulettes vertes de riz gluant

Dans le nord comme dans le sud du pays, il est également populaire de manger du 馓子 (sǎnzi). Ce sont des torsades de pâte salée frites qui sont cuites à l'avance et laissées refroidir et sécher. Chaque torsade croustillante est composée de plusieurs brins, ce qui les fait plutôt ressembler à un bouquet de spaghettis. Ils se mangent froids et sont souvent assaisonnés de graines de sésame.

Dans le nord, elles sont faites à partir de farine de blé, alors que dans le sud, l’ingrédient essentiel est plutôt de la farine de riz. Dans les régions des minorités ethniques, il existe également d'autres variétés.

sǎnzi, torsades de pâte salée frites

Les origines du festival Qīngmíng

Comme pour de nombreuses fêtes trafitionnelles, celle-ci remonte aux débuts de la civilisation chinoise. Pour en trouver les origines, il faut se plonger 2500 ans en arrière, durant la dynastie Zhou, lorsque les empereurs et les riches fonctionnaires ont commencé à honorer leurs ancêtres et à offrir des sacrifices en priant pour que les bénédictions de la prospérité, de la paix et des récoltes abondantes se poursuivent.

A cette époque, la veille du jour du balayage des tombeaux était le jour avec de la nourriture froide uniquement (Hánshíjié 寒食节) et c'était un jour commémoratif pour Jie Zitui, un noble chinois de la période des printemps et des automnes (environ 771 avant JC à 476 avant JC).

L'origine du festival est ainsi liée au prince Wen de Jin, aussi connu sous le nom de Chong'er, qui a été exilé pour éviter de s'impliquer en politique lorsqu'il était enfant. Au cours de ses 19 années d'exil, le prince était entouré d'assistants et disciples pour le protéger et l'éduquer, mais le plus loyal de ses assistants aurait été Jie Zitui.

Un jour de 655 avant JC, alors qu'ils n'avaient plus de nourriture et que le prince Chong'er était sur le point de mourir de faim, Jie Zitui a secrètement coupé un morceau de chair de sa propre cuisse et l'a cuit dans une soupe de viande, ce qui a sauvé le prince.

Lorsqu'il a découvert ce que Jie avait fait, le prince a été tellement ému qu'il a promis de le récompenser un jour.

La légende raconte que lorsque Chong'er est finalement monté au pouvoir en tant que duc de Jin, il a récompensé tous les serviteurs qui lui étaient restés fidèles en leur donnant des postes de pouvoir. Jie n'étant pas personnellement ambitieux, il a refusé ou a été ignoré pour toute récompense, malgré sa grande loyauté pendant les périodes difficiles du prince. Jie s'est ensuite retiré dans les forêts de ce qui est maintenant le Shanxi avec sa mère.

Pendant un an, Chong'er a oublié son ancien disciple qui lui vait sauvé la vie, et lorsqu'il s'en est rappelé, il a eu honte et a voulu rendre personnelleme g visite à Jie pour lui offrir un titre. Entendant la nouvelle, Jie Zitui s'est caché sur une montagne voisine avec sa mère âgée. Personne ne pouvait le trouver. Suivant les conseils de ses fonctionnaires, le duc a alors incendié la montagne pour le forcer à sortir de sa cachette.

Jie Zitui et sa mère périssent dans l'incendie de la montagne

Trois jours plus tard, deux cadavres ont été trouvés, celui Jie Zitui et celui de sa mère. Jie était resté agrippé à un vieux saule jusqu'à ce qu'il meure dans les flammes.

L'empereur était désemparé. Pris de remords, il a déclaré le jour de la mort de Jie un jour de deuil, qu'il a ensuite appelé « Festival Hanshi ». Ce jour-là, il était interdit aux gens d'allumer des feux, les forçant à manger de la nourriture froide.

Un an plus tard, l'empereur est retourné à la montagne pour visiter la tombe de son ancien préposé et a été étonné de voir que le vieux saule avait survécu. Il a été tellement ému qu'il a balayé la tombe, a pris cela comme un signe des dieux et a décidé que le lendemain du « Festival Hanshi » devrait être nommé « Qīngmíng Jie », ce qui se traduit par « pureté et lumière ».

Le duc de Jin a formé un gouvernement honnête, diligent, pragmatique et efficace sous son règne, et sa tradition de nourriture froide durant Qīngmíng a ainsi continué avec sa légende.

Pendant les dynasties Ming et Qing, le balayage des tombes est devenu de plus en plus populaire. Si certaines coutumes sont devenues caduques, comme le port de guirlandes de saules, le festival de Qīngmíng reste une fête importante en Chine, offrant à de nombreuses personnes la possibilité de rendre hommage à leurs ancêtres et de passer du temps pour profiter de la nature.

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