L'ombrelle chinoise, l'accessoire qui influença le parapluie

L'ombrelle chinoise, l'accessoire qui influença le parapluie

L'ombrelle chinoise (油纸伞, yóuzhǐsǎn) ne sert pas uniquement à se protéger du soleil et n'est pas non plus simplement un accessoire que l'on porte avec un vêtement traditionnel. En Chine, elle a une valeur hautement symbolique, et à ce titre elle a occupé une place importante tout au long de l'histoire chinoise.

Depuis son invention en Chine vers le premier siècle de notre ère, l'ombrelle chinoise s'est ensuite répandue dans d'autres pays d'Asie du Sud et du Sud-Est, notamment le Japon, la Corée, la Malaisie et l'Inde. Elle a ensuite influencé le parapluie qui est aujourd'hui utilisé dans le monde entier. Quoi qu'il en soit, l'ombrelle chinoise reste l'un des éléments les plus importants et les plus reconnaissables de la culture traditionnelle chinoises.

D'ailleurs, le caractère chinois pour l'ombrelle 伞(săn) est presque une illustration d'un parapluie pliant.

Comment ont été inventées les ombrelles chinoises ?

L'histoire de l'ombrelle s'étend sur presque toute la durée de la civilisation humaine moderne. La première utilisation connue d'une ombrelle pour se protéger du soleil remonte à l'Égypte ancienne, il y a plus de 3500 ans. Initialement fabriquées avec de simples feuilles de palmier attachées à un bâton, elles ont rapidement évolué pour devenir un objet utilisé par les nobles, les chefs religieux et la royauté.

En raison de l'environnement désertique de l'Afrique du Nord, les Égyptiens n'ont jamais éprouvé le besoin d'imperméabiliser leurs parasols et de créer des parapluies. Cette invention a toutefois eu lieu en Chine au 11e siècle avant JC, où les premiers parapluies imperméables, en soie et en papier huilé, ont commencé à être utilisés par de riches marchands, les familles nobles et les membres de la famille royale.

Femmes portant un hanfu et une ombrelle

Les premières ombrelles en soie en Chine, représentaient de véritables œuvres d'art. Les artisans peignaient le dessus en soie avec divers motifs de dragons, de nature, de paysages, d'animaux, de personnages, de fleurs, de scènes de la mythologie chinoise.

Au 1er siècle avant JC, sous la dynastie Han, les premières ombrelles en papier sont apparues, et ont très vite trouvé leur place dans les mains des femmes fortunées qui les ont alors considérées comme partie intégrante de leurs accessoires de mode.

Même si les ombrelles, en soie puis en papier, ne pesaient que quelques centaines de grammes, elles étaient capables de protéger de la pluie grâce l'application d'une huile spéciale sur le dessus.

Les lettrés aimaient également écrire et dessiner sur la surface de l'ombrelle, avant que l'huile d'imperméabilisation ne soit appliquée, afin de montrer leurs compétences artistiques et leurs goûts littéraires.

Lorsque les ombrelles ont commencé à devenir plus populaires parmi le peuple chinois , les riches se sont différenciés en portant des ombrelles jaunes et rouges, tandis que les gens ordinaires étaient surtout vus avec des parapluies bleus.

Au fil des siècles, les pays asiatiques voisins ont commencé à adopter l'ombrelle chinoise. Son acceptation comme partie intégrante de la culture s'est surtout imposée au Japon, où aujourd'hui encore, la peau pâle des femmes représente un gage de beauté.

Femmes portant un hanfu et une ombrelle

Cet accessoire de mode n'est pas restée longtemps confiné à l'Asie, et les voyageurs occidentaux l'ont rapidement amené des parapluies chinois en Europe qui était impatiente d'adopter la nouvelle mode des pays lointains. La noblesse féminine en Italie, en France et en Angleterre étaient enchantée par ces designs chinois artistiques et féminins. Les artisans ont réussi à faire évoluer lentement l'ombrelle chinoise vers le parapluie que nous connaissons et utilisons aujourd'hui.

Même si les parapluies modernes en plastique et en bois représentent la majorité des ventes mondiales, les ombrelles chinoises traditionnelles sont encore respectées par beaucoup. Les zones de production du Fujian et du Hunan en fabriquent encore des millions chaque année et les ombrelles de style Hangzhou sont encore aujourd'hui les plus respectés et célébrées pour leur qualité et leur beauté.

Fabrication artisanale d'une ombrelle chinoise

L'ombrelle traditionnelle chinoise et l'armée de terre cuite

L'une des représentations les plus claires et les plus intéressantes de l'utilisation des ombrelles dans la Chine ancienne se trouve au sein de l'armée en terre cuite, du mausolée de l'empereur Qin Shi Huang (vers 210 avant JC), que l'on peut admirer à côté de l'ancienne capitale impériale Xi'an.

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L'empereur Qin Shi Huang a ordonné la création de milliers de statues en terre cuite, afin de l'accompagner plus tard dans sa tombe. L'un des modèles de statues est celui de chars de bronze sophistiqués, sur le côté desquels sont fixés des ombrelles.

L'ombrelle étant également une « statue », on ignore si le papier ou la soie avait été utilisé pour sa fabrication et si le modèle original peut se plier. Cependant, il est clair que le modèle traditionnel de l'ombrelle chinoise que nous utilisons aujourd'hui existait au moins à l'époque de l'empereur Qin Shi Huang.

Ombrelle traditionnelle chinoise sur un char, armée de terre cuite

Comment sont fabriquées les ombrelles chinoises ?

La fabrication d'une ombrelle chinoise en papier nécessite la création de cinq éléments différents : l'ombrelle en papier/soie, la tête, les baleines, la poignée et les décorations supplémentaires. S'il s'agit d'une ombrelle pliante, une sixième partie sera impliquée : le mécanisme d'articulation.

Pour la fabrication de ces 5 ou 6 éléments, plus de 80 processus de travail différents peuvent être impliqués du début à la fin.

Le matériau d'ombrage

Deux types de matériaux différents peuvent être utilisés le papier ou la soie. Les ombrelles en soie sont chères et largement considérées comme un article de luxe. Cependant, c'est aussi les plus difficiles à construire et elles nécessitent un entretien particulier.

Les ombrelles en papier sont plus faciles à fabriquer et le papier est nettement moins cher que la soie. Il s'agit d'un papier spécial, très fin mais résistant à la déchirure. Il est baigné dans de l'huile de tung, ce qui crée une surface translucide et donne au papier son étanchéité. Une fois sec, il est ensuite décoré.

Artisan fabricant une ombrelle chinoise

Construction des baleines

Le matériau le plus courant pour construire les baleines est le bambou, bien que d'autres types de bois comme les écorces de mûrier puissent également convenir.

Le bambou est le choix le plus courant pour deux raisons principales : il est assez abordable, et il a la particularité d'être flexible tout en étant très solide. En général, le bambou doit être âgé d'au moins 5 ans pour que la résine qui se trouve dans le bois soit présente en quantité suffisante. C'est elle qui améliore la résistance et la flexibilité.

Fabrication de la structure d'une ombrelle chinoise

Décoration de l'ombrelle chinoise

L'ombrelle chinoise en papier peut se parer de diverses décorations allant de simples couleurs unies (le plus souvent rouge et jaune, mais d'autres couleurs comme le rose, le blanc ou le bleu clair sont également courantes) à de simples dessins de fleurs et d'animaux, en passant par des dessins de paysages et des motifs complexes.

La décoration artistique est également un aspect important de l'ombrelle traditionnelle chinois en papier. La préparation du papier est ainsi une étape importante pour accueillir la peinture. Le traitement à l'huile du papier est non seulement indispensable pour assurer la résistance à l'eau, mais aussi pour protéger les décorations afin qu'elles durent plus longtemps et résistent au vent ou à la pluie.

Peinture à la main sur ombrelle chinoise

Symboles traditionnels associés à l'ombrelle chinoise

Les ombrelles en papier huilé sont un élément indispensable des mariages traditionnels chinois. Une ombrelle rouge en papier huilé est tenue par le père de la mariée, ou par une demoiselle d'honneur, comme symbole de protection contre les mauvais esprits.

En outre, comme le mot « papier huilé » (油紙, yóuzhǐ) ressemble au mot « avoir des enfants » (有子, yǒuzi), l'ombrelle est ainsi considérée comme un symbole de fertilité.

Les ombrelles apparaissent souvent dans les œuvres littéraires chinoises pour évoquer la romance et la beauté, en particulier dans les histoires qui se déroulent au sud du fleuve Yangtze, où le temps est souvent pluvieux et brumeux.

Femme habillée avec un Qipao et portant une ombrelle

L'ombrelle en papier est probablement l'un des vestiges les plus reconnaissables de l'ancienne culture chinoise ; si vous en voyez une dans la rue, vous l'associez immédiatement à la Chine (ou éventuellement au Japon). Sa version étanche et résistante à l'eau est également une contribution très importante de la Chine au monde, en nous donnant un moyen de nous protéger de la pluie. Aujourd'hui, l'ombrelle chinoise en papier est toujours un élément important de la culture chinoise ; elle est largement considérée comme une œuvre d'art précieuse en raison de ses décorations, principalement peintes à la main.

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