La piété filiale, une attitude de respect envers les parents

La piété filiale, une attitude de respect envers les parents

L'une des façons de comprendre les sociétés asiatiques est de s'intéresser à la famille. Le concept de xiào (孝), ou piété filiale, fait partie des valeurs chinoises depuis très longtemps et reste un pilier important de la structure familiale chinoise. C'est une attitude de respect envers les parents et les ancêtres dans les sociétés influencées par la pensée confucéenne.

Pour comprendre la société et la culture chinoise, il est fondamental de comprendre la famille chinoise. En Chine, la famille n'est pas seulement une unité sociale, mais elle représente toute une idéologie codifiée qui a imprégné l'État et la société pendant des milliers d'années. De nombreuses différences entre la pensée chinoise et la pensée occidentale ne sont compréhensibles que du point de vue de la place unique qu'occupe la famille dans la culture chinoise.

Une signification illustrée par le caractère chinois 孝

Sans aucun doute, le pilier de la structure familiale chinoise est le concept de piété filiale. En chinois, elle est écrite avec le caractère 孝 (xiào), lui même composé d'une partie supérieure et d'une partie inférieure. La première partie est dérivée du caractère 老 (lǎo), qui signifie « vieux ». La deuxième partie est le caractère 子 (zi), qui signifie « fils ». Il existe différentes interprétations de la signification du caractère 孝 :

  • les anciens sont soutenus par la jeune génération ;
  • les jeunes sont accablés et opprimés par les anciens ;
  • le but de la famille est de poursuivre la lignée familiale.

La piété filiale était une valeur centrale de la culture chinoise traditionnelle. Son importance allait bien au-delà de celle du commandement biblique « Honore ta mère et ton père ». La piété filiale était et reste une valeur fondée sur des principes stricts de hiérarchie, d'obligation et d'obéissance.

Il n'est pas exagéré de dire qu'elle était le fondement même de la structure hiérarchique de la famille chinoise, et donc de la société chinoise dans son ensemble. Mais cela ne signifie pas pour autat que l'idée de piété filiale n'a pas évolué au cours des siècles ou que les enfants sont toujours filiaux.

Le confucianisme, y compris le confucianisme classique de la dynastie Han, a fourni une vision de l'ordre social qui légitimait le système familial chinois patriarcal. L'importance mise par le confucianisme sur les obligations envers les ancêtres ont contribué à un ordre moral dans lequel les familles étaient au cœur de l'identité humaine.

Dans ce système familial organisé de manière hiérarchique, les hommes et les générations plus anciennes avaient un pouvoir considérable sur les femmes et les jeunes générations.

L'éthique de la piété filiale

Le concept qui sous-tend le principe de piété filiale est simple. Les parents ont donné la vie à des enfants, leur ont donné de la nourriture et des vêtements, une éducation, etc. Malgré toutes les choses que les enfants ont reçues des parents, les enfants ont une obligation éternelle envers eux. Ils ont une dette envers leurs parents, une dette qui ne peut jamais être entièrement remboursée.

La seule chose que les enfants peuvent faire pour rembourser au moins une petite partie de cette dette, c'est de prendre soin de leurs parents dans leur vieillesse, de les rendre fiers et heureux, de leur obéir et de les servir.

Nombre d'Occidentaux ne comprennent souvent pas à quel point le concept de piété filiale était extrême, du moins selon les normes occidentales, dans la société traditionnelle chinoise.

Les actes de piété filiale comprennent le fait d'obéir aux souhaits de ses parents, de prendre soin d'eux lorsqu'ils sont vieux et de travailler dur pour leur fournir un confort matériel, comme de la nourriture, de l'argent ou des soins.

On a tendance à penser que depuis les réformes d'ouverture de Deng Xiaoping, la Chine est devenue très « matérialiste ». Cependant, le matérialisme chinois n'est pas simplement le désir d'acquérir des biens matériels, de l'argent et du pouvoir (bien qu'il existe aussi en Chine).

Dans la culture chinoise, il existe une autre, une ancienne tradition de matérialisme basée sur le concept de piété filiale et sur la structure de la famille chinoise, qui émane de l'idéal confucéen. La famille chinoise a été fondée sur un « marché réciproque » entre les parents et les enfants ; les parents s'occupaient de leurs enfants et les enfants redonneraient plus tard à leurs parents. Cet aspect est très important. La préoccupation chinoise pour l'argent et le bien-être matériel est dans de nombreux cas la conséquence de cette compréhension particulière des relations familiales.

Pour beaucoup de Chinois, l'amour ne s'exprime pas par des mots, et ce n'est pas simplement une question de sentiment. L'amour est montré et affiché par le soin matériel. Les parents et les enfants Chinois ne partagent pas vraiment leurs émotions avec des câlins ou des mots. La piété filiale est démontrée en « nourrissant » quelqu'un, ou en lui « fournissant » quelque chose.

Le principe de la piété filiale s'applique également à tous les aînés : enseignants, supérieurs professionnels ou toute personne plus âgée, et même à l'État. La famille est la pierre angulaire de la société et, en tant que tel, le système hiérarchique de respect s'applique également à ses dirigeants et à son pays.

Xiào signifie que le même dévouement et l'altruisme dans le service de sa famille devraient également être utilisés au service de son pays. Ainsi, la piété filiale est une valeur importante lorsqu'il s'agit de relations avec sa famille immédiate, les aînés et les supérieurs en général et l'État dans son ensemble.

Quel statut revêt aujourd’hui la piété filiale dans la société chinoise

La piété filiale, au cours du 20e siècle, a été maintes fois décriée sous divers régimes politiques. Ces contestations émanent d’abord de réformistes, comme lors du mouvement du 4 mai 1919. Chaque fois, ces attaques se situent dans le cadre plus large d’un rejet du confucianisme.

Durant la période maoïste, la dimension de loyauté envers les parents, associée à la piété filiale, était problématique aux yeux du parti Communiste Chinois. Elle était perçue par ce dernier comme faisant obstacle à l’intégration des individus au nouveau système politique et économique.

En 2012, le législateur chinois a juridiquement consacré l’obligation, pour les enfants devenus adultes, de rendre fréquemment visite à leurs parents vieillissant. Il donne ainsi une nouvelle importance aux besoins psychologiques des aînés.

Cela ne représente pourtant pas une image de la société chinoise selon laquelle les enfants adultes négligeraient volontairement leurs parents vieillissants. Il s’agit d’une représentation, construite pour jouer sur une corde très sensible des Chinois afin de les contraindre non pas à s’exécuter, ce qu’ils font déjà dans une large mesure, mais à s’exécuter davantage.

La place de la piété familiale est indissociable de celle de la famille. Or, celle-ci a connu des mutations depuis la fin de l’ère dynastique. En particulier, l’emprise des parents sur les enfants n’est plus aussi importante et une certaine part d’individualisme, chez les plus jeunes générations, entre parfois en conflit avec la valeur de la piété filiale.

Cela ne veut pas dire que les tendances individualistes naissantes ont éradiqué la piété filiale comme sentiment ou pratique. En revanche, elles entrent en concurrence avec celle-ci et leur conciliation n’est pas chose aisée, surtout avec l'exode rurale et les enfants qui partent travailler souvent très loin de leurs parents.

Le PCC revalorise aujourd’hui la piété filiale dans son discours, ce qui contraste fortement avec ses positions à l’ère maoïste, et l’appel à la piété filiale vise la société dans son entier. Il constitue une réponse du gouvernement à la crise démographique qui frappe la Chine. Avec l'augmentation de l'espérance de vie, le vieillissement de la population fait face à un un contexte où la prise en charge des aînés par leur famille ne constitue plus une norme. Le régime chinois doit face à l’explosion de besoins découlant de cette situation.

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