Le siècle d'humiliation de la Chine

Le siècle d'humiliation de la Chine

Ce siècle de la honte, bien qu'étant est un élément central de l'histoire de la Chine, est très méconnu, voir oublié par l'occident qui en est le principal responsable. La période d'humiliation a commencé avec la défaite de la Chine lors de la première guerre de l'opium, qui a été contrainte de céder Hong Kong aux Britanniques pendant 150 ans.

Pratiquement tous les Chinois savent ce que signifie « le siècle de la honte », mais les occidentaux n'en connaissent pas le sens. La plupart des Chinois savent aussi très bien comment les conflits armés, qui se sont déroulés il y a près de 180 ans, pour la souveraineté, le commerce et l'opium, ont opposé l'empire le plus riche de la planète à la Grande-Bretagne.

Les guerres de l'opium ont été un moment crucial, et humiliant, de l'histoire de la Chine. Elle a perdu son statut de force la plus puissante d'Asie et sa richesse économique. Elle s'est ouverte de force à l'influence occidentale, et a été pratiquement découpée par les puissances étrangères, et comment Hong Kong a été volé par la force militaire brute.

C'est pourquoi le président Xi Jinping a déclaré en 2017 que, lorsque Hong Kong a été rendu à la Chine, cela a effacé les 100 ans de honte de la nation chinoise.

Le souvenir de cette sombre période continue encore aujourd'hui d'influencer la politique étrangère de la Chine et son désir de réunifier tous les anciens territoires chinois, y compris Taïwan.

Les guerres de l'opium et leurs conséquences pour la Chine moderne

La Chine, depuis la dynastie Ming, s'était repliée sur elle-même et ne voyait aucun avantage à commercer avec ceux venus de loin, car les Chinois considéraient qu'ils avaient tous les biens nécessaires en abondance. Les précédents contacts avec les Européens leur ayant prouvé qu'ils étaient belliqueux et indignes de confiance.

La Grande-Bretagne, quant à elle, se considérait comme le principal défenseur du libre-échange.

Ces visions du monde incompatibles ont mené les deux pays à un conflit inévitable sur le plus improbable des biens : l'opium.

À partir des années 1800, la Grande-Bretagne était devenue extrêmement friande de marchandises chinoises. La Chine était dirigée par la dynastie Qing et l'empire avait amassé de grandes richesses grâce au commerce international, notamment des produits de luxe, notamment le thé, la soie et la porcelaine, que les Anglais importaient en grande quantité.

Les commerçants anglais gagnaient de grosses comme d'argent en ramenant ces produits en Angleterre, mais ils se sont confrontés à un problème.

Étant déjà autosuffisante, la Chine ne voulait pas d'échanges « marchandises contre marchandises » ; elle n'était pas vraiment intéressée par les produits avait à proposer, et exigeait d'être payée uniquement en argent. Cela a évidemment créé un important déséquilibre commercial en faveur de la Chine et posait problème aux Britanniques qui avaient peu d’argent et beaucoup de marchandises en nature, venant principalement de leurs colonies aux Indes.

Dans un effort pour supprimer ce déséquilibre commercial, la Compagnie britannique des Indes orientales a commencé à faire passer en contrebande vers la Chine, de grandes quantités d'opium cultivé dans leurs colonies en Inde. Les Anglais espéraient ainsi récupérer suffisamment d'argent par la vente illégale de cette drogue, afin de financer leur propre addiction au thé chinois.

L'opium était illégal en Chine, mais les Britanniques étaient tellement désespérés de ne pouvoir inverser la balance commerciale, que tous les moyens étaient bon, même les plus sales. Et ces efforts de contrebande britanniques ont bien réussi.

Le déséquilibre commercial s'est accentué jusqu'à la fin du 18e siècle, lorsque la Grande-Bretagne a trouvé ce que le peuple chinois voulait : l'opium. Cette drogue illégale, qui n'était utilisée que par l'élite chinoise, est soudainement devenue accessible à tout le monde.

En 1833, environ 30 000 coffres d'opium étaient introduits en Chine en contrebande. Le commerce illégal de l'opium a réussi à inverser le déséquilibre commercial en faveur de la Grande-Bretagne, ce qui a entraîné une fuite à grande échelle de l'argent de Chine.

Aucune société ne voudrait voir sa société endommagée par une dépendance à l'opium. Les Britanniques avaient eux-mêmes interdit l'usage de l'opium dans leur propre pays. Le gouvernement chinois n'a eu d'autre choix que de réagir et prendre des mesures fortes.

En mai 1839, les Britanniques sont obligés de céder 1400 tonnes de drogue, stockées dans un entrepôt à Canton. L'opium a été détruit, ce qui a déclenché la première guerre de l'opium (1839-1842).

Les guerres de l'opium en Chine
Les guerres de l'opium, qui se sont déroulées au milieu du 19e siècle, ont constitué un tournant décisif dans l'histoire moderne de la Chine et ont marqué le début du siècle de l'humiliation. La Chine a perdu les deux guerres contre la Grande-Bretagne et la France, et les conséquences de sa défaite ont été sévères : elle a dû céder Hong Kong aux Britanniques, ouvrir des ports au commerce avec les étrangers, et accorder des droits spéciaux aux étrangers opérant dans ces ports. Tout ça au nom du libre-échange et continuer à pouvoir vendre de l'opium, se soucier des conséquences pour le gouvernement et le peuple chinois.
Au 19e siècle, la Grande-Bretagne déclenchait deux guerres contre la Chine afin de forcer son ouverture en développant la dépendance des Chinois à l'opium.
Pourquoi les guerres de l'opium en Chine ?
Les guerres de l'opium et les traités qui sont suivis ont été emblématiques d'une époque où les puissances occidentales ont tenté d'obtenir un accès inconditionnel aux marchés chinois pour le commerce.
La première guerre de l'opium en Chine
La première guerre de l'opium a débuté en août 1839 pour se terminer en août 1842. Trois années durant lesquelles un terrible conflit va opposer principalement le Royaume-Uni et l'empire des Qing.
Seconde guerre de l'opium et fin de l'empire chinois
La Grande-Bretagne voulait encore plus développer le commerce de l'opium, par une nouvelle guerre avec l'aide d'autres puissances occidentales.
Guerres de l'opium et conséquence sur la Chine d'aujourd'hui
L'impact des guerres de l'opium sur la Chine moderne est important et les conséquences de ces actes se font encore sentir aujourd'hui.

Le gouvernement britannique, utilisant sa puissance de feu supérieure, a facilement vaincu les forces militaires chinoises. Cette défaite n'était que la première des nombreuses choses terribles qui sont arrivées à la Chine au cours des 100 années suivantes.

La Chine a été obligée de signer le Traité de Nanjing, le premier des « Traités inégaux », qui a non seulement imposé à l'empereur chinois de verser de grosses sommes d'argent pour dédommager l'Angleterre de la drogue perdue, du coût de cette guerre. La Chine a du également ouvrir cinq ports au commerce international : Shanghai, Guangzhou, Ningbo, Fuzhou et Xiamen.

Enfin, Hong Kong a dû être cédé aux Anglais, son port deviendra le centre névralgique du commerce de la drogue.

Les Britanniques ont pris Hong Kong par la force, parce que la Chine avait détruit des tonnes de drogue illégale.

En outre, la Chine a dû autoriser les puissances occidentales à s'installer à Shanghai. Même si ces colonies se trouvaient sur le territoire chinois, aucune loi chinoise ne pouvait y être appliquée. Les puissances occidentales jouissaient de pouvoirs extraterritoriaux.

Le Traité de Nanjing a été le début du siècle d'humiliation, qui a profondément marqué la Chine et dont les cicatrices sont encore présentes aujourd'hui.

Mais la Chine a encore plus souffert après avoir perdu la deuxième guerre de l'opium. Elle a dû signer le traité de Tianjin en 1858 avec la Grande-Bretagne, la France et d'autres puissances occidentales.

Ce traité inégal stipulait l'ouverture de 10 ports supplémentaires pour le commerce. La Chine a également dû payer des indemnités supplémentaires en argent à la Grande-Bretagne et à la France.

Ces concessions territoriales étaient terribles et humiliantes. Mais quelque chose de pire encore s'est produit à la fin de la deuxième guerre de l'opium en 1860.

Les forces britanniques et françaises décidèrent de se livrer à un acte de vengeance sauvage parce que des fonctionnaires chinois avaient tué 20 soldats britanniques et français qui s'étaient rendus à Pékin dans le cadre d'un contingent pour négocier une trêve.

Ce que les forces britanniques et françaises ont fait au Palais d'été était barbare.

Victor Hugo a décrit le palais d'été comme l'une des merveilles du monde, le comparant au Parthénon ou au Colisée à Rome, mais en beaucoup plus grand.

Il avait fallu, pour le créer, le lent travail de deux générations. Cet édifice, qui avait l'énormité d'une ville, avait été bâti par les siècles, pour qui ? Pour les peuples. On disait : le Parthénon en Grèce, les Pyramides en Egypte, le Colisée à Rome, Notre-dame à Paris, le Palais d'été en Orient. Si on ne le voyait pas, on le rêvait.Victor Hugo

Imaginez qu'une armée envahisse l'Europe, détruise la cathédrale Notre Dame, pille le Musée du Louvre et du Vatican, cette armée aurait fait moins de dégâts que ce qu'ont fait les forces britanniques et françaises en 1860.

Ce fut l'un des actes les plus barbares de l'histoire de l'humanité. Peu d'Européens s'en souviennent. Les Chinois s'en souviennent bien.

Alors que jusqu'au 19e siècle, la civilisation chinoise était l'une des plus florissantes, que le pays connaissait une période de paix et de prospérité depuis plus de 200 ans, comment a-t-on pu en arriver là ?

La destruction du palais d'été et les défaites militaires auraient dû être un signal d'alarme pour la Chine. Curieusement, si cette humiliation de la Chine a réveillé le Japon, voisin de la Chine, elle n'a pas réveillé la Chine.

Les Japonais se sont efforcés d'étudier les forces de la civilisation occidentale, ils ont décidé de moderniser et d'industrialiser leur pays et d'investir dans une armée forte.

La Chine semblait, quant à elle, se complaire de sa situation stable de l'époque, et n'a certainement pas su ouvrir les yeux sur le monde qui changeait trop rapidement autour d'elle. L'impératrice douairière Cixi détourna même les fonds dédiés à la modernisation de la marine chinoise pour construire un coûteux bateau en marbre dans le jardin du palais.

Ces réponses contrastées de la Chine et du Japon à la montée des puissances occidentales, ont conduit à la deuxième vague d'humiliation dont la Chine allait souffrir, cette fois-ci aux mains de son voisin, le Japon.

Les guerres sino-japonaises

La Chine et le Japon sont des pays voisins et partenaires depuis de plus 1000 ans, et de nombreux aspects de la culture japonaise sont hérités de la culture chinoise. Je pense notamment au système d'écriture, la calligraphie, la peinture, l'architecture, la cuisine, la soie et la céramique, ainsi que le Bouddhisme.

Même si par la suite, la culture japonaise a su se forger une identité propre, elle ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui sans les héritages chinois.

Les érudits japonais avaient toujours porté un regard respectueux sur la société et la culture chinoises, et pendant des centaines d'années, les relations entre les deux pays ont été essentiellement pacifiques.

Alors que la Chine a souvent été considérée comme la société la plus avancée, aussi bien point de vue matériel que culturel, mais elle a manqué le virage de la révolution industrielle. C'est sont voisin le Japon qui a fait un grand bond en avant avec les Réformes Meiji dans les années 1860.

Le Japon a ainsi fait un choix différent de celui de la Chine, afin d'éviter une humiliation comparable, et s'est réveillé dans les années 1860 en réponse à la montée en puissance de l'Occident en Asie de l'Est.

Après avoir renversé le shogunat Tokugawa et réinstallé l'empereur Meiji en 1868, il y a eu clairement une volonté de quitter les rangs des nations asiatiques et de s'aligner du côté de l'Occident. Des équipes ont été envoyées dans toutes les grandes puissances occidentales pour apprendre les secrets de leur réussite.

C'est ainsi que le Japon a commencé à renforcer son armée, mais a aussi appris les mauvais côtés de l'Occident, à savoir que le rôle des puissances plus fortes était d'humilier et de conquérir les puissances plus faibles. Les Japonais ont traité les autres nations asiatiques exactement comme le font les Occidentaux, ce qui explique pourquoi le Japon a commencé à vaincre et à humilier progressivement la Chine sur une période de 50 ans, de 1895 à 1945.

Le premier affrontement a eu lieu au sujet de la Corée, qui était traditionnellement contestée au sein de la Chine et du Japon. Après l'assassinat du leader pro-japonais Kim Ok-Gyun à Shanghai en 1894, la Chine a envoyé en 2000 soldats pour aider le gouvernement coréen à réprimer les protestations.

Le Japon y a vu une violation de l'accord conclu entre les dirigeants chinois et japonais selon lequel aucun des deux pays n'enverrait de troupes en Corée sans en informer l'autre au préalable. Plusieurs batailles s'en suivirent, les Japonais gagnèrent et allaient imposer des conditions humiliantes à la Chine, suivant ainsi le modèle des puissances occidentales.

Dans le traité de Shimonoseki, la Chine a dû reconnaître l'indépendance de la Corée, payer une indemnité au Japon et lui céder davantage de territoire, y compris Taïwan.

Il est important de se souvenir de ce moment humiliant de l'histoire de la Chine si l'on veut comprendre la sensibilité de la Chine sur la question de Taïwan.

Le deuxième événement majeur s'est produit après la fin de la Première Guerre mondiale. La Chine et le Japon avaient tous deux soutenu les alliés occidentaux contre l'Allemagne. Après la défaite de l'Allemagne en 1919, la Chine s'attendait à ce que l'Occident lui rende les concessions allemandes du Shandong.

Au lieu de cela, elles ont été données au Japon. Cet acte perfide a déclenché le premier mouvement de protestation de masse en Chine, connu officiellement sous le nom de Mouvement du 4 mai. Symboliquement, il est considéré comme le premier moment où le peuple chinois s'est levé pour protester contre les puissances étrangères.

Cependant, comme la Chine est restée faible, divisée et sans gouvernement central après l'effondrement de la dynastie Qing en 1911, son humiliation s'est poursuivie.

En 1931, le Japon a lancé une invasion à grande échelle de la Mandchourie, qui avait été un territoire chinois. Six ans plus tard, la deuxième guerre sino-japonaise commence avec la chute immédiate de Pékin et de Tianjin. Huit années d'occupation japonaise de la Chine ont suivi.

Malheureusement, cette occupation japonaise a souvent été brutale. À la fin de 1938, on estime que 300 000 civils ont été tués dans le massacre de Nankin. L'invasion japonaise de la Chine aurait pu se poursuivre pendant des décennies. Mais après que le Japon ait fait l'erreur d'attaquer Pearl Harbor en décembre 1941, la Chine et les Etats-Unis sont devenus des alliés contre le Japon.

Malheureusement, après la victoire des Alliés en 1945, les puissances occidentales ont à peine reconnu le rôle de la Chine, qui est restée au rang de « l'allié oublié » alors qu'elle avait joué un rôle important dans la stratégie globale des Alliés.

La Chine, le malade de l'Asie

La période de 1842 à 1945, correspondant au siècle d'humiliation, fait partie de l'histoire récente, alors qu'elle est complètement ignorée par la plupart des occidentaux et n'est plus enseignée à l'école. Pourtant, la plupart des Chinois sont conscients qu'ils ont connu de nombreuses invasions douloureuses et humiliations.

À cette époque, la Chine était connue comme l'homme malade de l'Asie, et cette phrase fait encore mal. Le 3 février 2020, lorsque le Wall Street Journal a publié un article sur la Chine intitulé « La Chine est le véritable homme malade de l’Asie », la Chine a expulsé trois journalistes du Wall Street Journal.

La plupart des occidentaux ont qualifié ces expulsions de tentative extrême et évidente de la part des autorités chinoises d’intimider les médias étrangers en prenant des sanctions contre leurs correspondants basés en Chine. Pourtant, si l'on comprend le siècle d'humiliation que la Chine a subi, cette forte réaction chinoise aurait pu être anticipée.

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