Que sont les centres de rééducation pour les Ouïghours ?

Que sont les centres de rééducation pour les Ouïghours ?

Les centres de rééducation pour les Ouïghours sont au cœur de la méthode chinoise pour mettre fin aux attaques terroristes dans le Xinjiang. Les médias parlent de camps d'endoctrinement au sein desquels les droits de l'Homme sont mis à mal. Le gouvernement Chinois parle d'écoles pour apprendre un métier et ne plus croire aux idéologies religieuses extrémistes. Tentons d'y voir plus clair.

La religion et de terrorisme n’est pas le plus simple des sujets à traiter. La montée en puissance du terrorisme a ensanglanté le Xinjiang avec des centaines d'attaques à partir des années 1990 sur fond d'extrémisme religieux. Elles ont durablement bouleversé le quotidien des habitants de la région et sont devenues une préoccupation majeure pour le gouvernement chinois.

Islam et terrorisme ne sont, bien entendu, ni confondus ni confondables. La plupart des Ouïghours pratiquement un islam traditionnel, mènent une vie pacifiste, mais sont eux aussi la cible de ceux qui ont suivi la voie d'un islam radical.

Avant de se demander si la Chine mène une campagne de répression religieuse ou un effort de déradicalisation sans précédent, il est important de comprendre que le problème ce ne sont pas les Ouïghours, mais le salafisme. L'erreur serait de faire un amalgame, en considérant tous les Ouïghours comme étant des salafistes, alors que cela ne concerne qu'une faible minorité.

Pourquoi la Chine a créé des centres de rééducation ?

Toutes les formes d'extrémisme sont dangereuses ; les salafistes détruisent, attaquent des personnes et tuent au nom d'une idéologie religieuse. Mais le plus dangereux est qu'ils sont organisés et capables de lever de véritables armées afin de déstabiliser des gouvernements. C'est une grande et réelle menace. Ce n'est pas simplement un petit groupe d'extrémistes que l'on peut contenir, comme par exemple des groupuscules racistes en occident.

Le salafisme ne peut pas simplement être considéré comme une religion que chacun est en droit de pratiquer. Cet Islam, qui rappelons-le est très minoritaire, enseigne et propage la violence, et considère que tous les autres sont des infidèles qui méritent une mort violente.

Chacun peut pratiquer sa religion, et la liberté de choisir sa religion est un droit fondamental. Mais à quel moment la religion franchit la ligne rouge et devient une idéologie qui incite à la violence ? Lorsque cette idéologie appelle à la violence contre le gouvernement et le peuple, quelles règles doivent être appliquées ?

En France, les comportements peuvent être interdits, mais pas les convictions. On ne peut pas interdire une idée, au titre de l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 : Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi.

L'Islam radical peut donc être pratiqué dans l'hexagone sans être inquiété par la justice, tant qu'il n'y a pas de passage à l'acte. Et comme le souligne un article de La Croix1, il est compliqué de savoir qui est salafiste, puisque personne ne le revendique, et parce que les liens entre salafisme et terrorisme n’ont rien d’automatique.

La vision chinoise est différente et plus liberticide.

Rendre le salafisme illégal est la ligne rouge que Pékin a décidé de tracer. Ceux qui veulent pratiquer cette religion se retrouvent hors la loi, sous prétexte qu'ils incitent à la violence.

Ce que recherche le gouvernement chinois, ce sont les signes de salafisme chez les Ouïghours : se laisser pousser une longue barbe, se voiler complètement le visage, visiter des sites internet parlant du djihad, prier dans des mosquées considérées comme radicales, avoir des contacts avec des personnes identifiées comme salafistes, etc.

Contrairement à ce que prétendent certains médias, porter une barbe n'est pas un signe salafiste ; mais une longue barbe oui. De même, le voile couvrant les cheveux et le cou d'une femme est bien différent du voile intégral qui est un symbole d'oppression et l’étendard d’un islam radical.

Répression des Ouïghours : la Chine veut-elle éradiquer l'Islam ?
Pékin est accusée d'avoir la main lourde avec les tous les musulmans et l'islam en général, voulant même éradiquer complètement cette religion en Chine.

Si des Ouïghours pratiquent le salafisme, ou s'il y a des signes de salafisme autour d'eux, alors ils seront certainement obligés d'intégrer un centre de rééducation. Pour présenter cela sous une forme plus connue en France, ce seraient les personnes inscrites sur le « fichier S ». C'est-à-dire les personnes soupçonnées de visées terroristes ou d’atteinte à la sûreté de l’Etat, sans pour autant qu’elles aient commis un délit ou un crime.

Prison ou centre de formation professionnelle ?

La Chine pense que la principale raison qui pousse les jeunes vers la radicalisation, c'est la difficulté de trouver un emploi, la pauvreté, et finalement ne pas avoir l'espoir en un avenir meilleur.

Probablement que ces personnes se sentent également oppressées, pauvres, ne pensent pas avoir de futur. Quand des personnes pensent que tout va mal dans leur vie, elles sont plus faciles à convertir à une forme d'Islam qui leur enseigne que quelque chose de mieux les attend après la mort, notamment si elles participent au Jihad.

Le Xinjiang bénéficie très largement du programme d'élimination de la pauvreté en Chine, avec la création de nombreuses entreprises dans le secteur privé. Mais pour espérer y travailler, encore faut-il avoir une qualification. Le tourisme se développe également fortement dans la région, proposant de nombreux débouchés professionnels pour la population locale.

Plutôt que de critiquer et pointer du doigt la méthode chinoise, demandons-nous quel est le moyen le plus humain de gérer les extrémistes religieux.

Pour la Chine, le meilleur moyen de prévenir la radicalisation est d'éduquer les personnes, en leur redonnant de l'espoir, en leur apprenant un métier. Donc, ce qu'ils essayent de faire, c'est de les mettre dans des centres, les éduquer, leur apprendre un métier, leur redonner un espoir et les déradicaliser.

La méthode chinoise, basée sur une sorte d'école forcée, n'est peut-être pas la meilleure (et existe-t-il une bone méthode ?) mais un « meilleur lavage de cerveau que l'islam radical » est certainement une meilleure méthode que d'envoyer des bombes, comme ont pu le faire les Etats-Unis en Afghanistan et en Irak.

Ces centres sont devenus l'objet d'allégations répétées de violations des droits de l'homme au cours des dernières années, notamment via la révélation des Xinjiang papers. Cet ensemble de documents officiels que le New York Times s'est procuré, mettraient en lumière la détention massive des Ouïghours et offriraient un regard sans précédent sur la répression de cette minorité ethniques.

Que révèlent vraiment les Xinjiang Papers sur les Ouïghours ?
Ces documents sont considérés comme l'une des fuites les plus importantes provenant du PCC, et mettraient en lumière la détention massive des Ouïghours.

Si l'on se concentre sur le contenu des documents, et pas sur l'interprétation déformée que le tabloïde en fait, les Xinjiang Papers n'apportent aucune preuve d'une campagne de répression massive. Les ennemis sont le terrorisme, l'extrémisme et le séparatisme.

En septembre 2018, Adrian Zenz, le soi-disant « expert du Xinjiang », a estimé que le nombre total d'internements de rééducation au Xinjiang peut être estimé à un peu plus d'un million. Cette conclusion provient de sources douteuses qui auraient été « divulguées » par le gouvernement chinois.

Combien de Ouïghours seraient enfermés dans des camps ?
Certains médias avancent plusieurs millions. Sur quels éléments se basent ces estimations du nombre de Ouïghours réellement enfermés ?

Le nombre de centres fait également l'objet de nombreuses spéculations, car le gouvernement chinois ne communique pas officiellement sur le sujet, considérant qu'il s'agit d'une affaire intérieure. Alors certains parlent de 400, d'autres de plus de 1000, sans prendre la peine de se demander si ces nombres sont réalistes. Imaginez la logistique nécessaire pour détenir en prison autant de personnes.

Combien y a-t-il de centres de rééducation pour Ouïghours ?
Le gouvernement chinois ne donne aucun chiffre, donc les journalistes ou chercheurs ne peuvent faire que des suppositions. Et c'est bien là tout le problème.

Plutôt que des écoles bénévoles, certains médias brossent le tableau des centres de détention lourdement fortifiés où les Ouïghours sont contraints d'apprendre la langue chinoise et sont soumis à une « éducation idéologique ».

Est-ce qu'apprendre le chinois est une mauvaise chose ? C'est la langue nationale de la Chine, et même si la langue Ouïghoure doit être conservée, savaoir parler mandarin offre bien plus d'opportunités professionnelles. Imaginez quelqu'un ne sachant parler que Basque ou Corse ; aurait-il les mêmes chances de trouver un bon travail qu'un autre qui parle français ?

La Chine refuse l'entrée dans ces « camps de concentration » ?

Les complotistes et les « experts d'internet » répètent continuellement que si la Chine ne fait rien de mal dans ces centres, alors pourquoi ne permettent-ils pas que des observateurs s'y rendent. Le problème avec cette critique, c'est qu'elle est complètement fausse. Le gouvernement chinois a invité à maintes reprises des observateurs étrangers, comme le rapport le site Dawn2, teleSUR3, ou encore Reuters4.

Reuters indique que Le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Lu Kangm, a demandé, lors d'une réunion d'information régulière, si la Chine avait invité des experts de l'ONU au Xinjiang. Il a déclaré que toutes les parties, y compris l'ONU, étaient les bienvenues, pour autant qu'elles respectent les procédures de voyage appropriées.

Le journal précise également que Les fonctionnaires de l'ONU devraient également "éviter d'interférer dans les affaires intérieures" et adopter une attitude objective et neutre. Doit-on reprocher à la Chine de demander aux observateurs de ne pas faire d'ingérence dans ses affaires internes et de ne pas dire de mensonges ?

Même des journalistes ont pu visiter certains centres et faire des reportages. Et malgré leur mauvaise foi et leur condescendance, ils ne montrent guère plus que des centres de formation.

Les centres de rééducation pour Ouïghours sont-ils des prisons ?
Si des personnes sont détenues dans ces centres professionnels qui ont l'apparence de prisons, la structure de leur emprisonnement est bien différente.

En décembre 2019, Michelle Bachelet, Haut-Commissaire aux Droits de l'Homme aux Nations unies, a déclaré que son bureau cherchait à accéder au Xinjiang pour vérifier des « rapports inquiétants » sur les camps de rééducation accueillant des minorités musulmanes, dont les Ouïgours turcophones.

Chen Xu, Ambassadeur de Chine auprès des Nations unies à Genève, lors d'une conférence de presse organisée par l'association des correspondants des Nations unies, a déclaré « Nous espérons voir la Haut Commissaire se rendre en Chine, notamment au Xinjiang, pour voir par elle-même ... Voir, c'est croire ».

La propagation de l'extrémisme a été efficacement freinée et la sécurité publique a été considérablement améliorée au Xinjiang et les personnes de tous les groupes ethniques peuvent vivre et travailler en paix.Cheng Jingye, ambassadeur de Chine en Australie

Selon le gouvernement chinois5, les personnes qui ont faut des stages dans ces centres d’enseignement et de formation professionnelle ont tous terminé leur cursus en octobre 2019. Depuis 2014, il n'y a plus aucun attentat en Chine ; la lutte antiterroriste et la déradicalisation du Xinjiang ont obtenu des résultats remarquables, là où la plupart des autres pays ont échoué.

Crise des Ouïghours en Chine, entre mensonges et propagande
La crise des Ouïghours cristallise l'attention, les tensions entre Pékin et Washington sont de plus en plus tendues. Que se passe-t-il vraiment dans le Xinjiang ?

Références

x
Que voulez-vous savoir sur la Chine ?