Répression des Ouïghours : la Chine veut-elle éradiquer l'Islam ?

La Chine veut-elle réellement éradiquer l'Islam ?

Depuis les années 90, le Xinjiang est frappé par de nombreux attentats perpétrés au nom de l'idéologie religieuse islamiste. La lutte de la Chine contre le terrorisme et la radicalisation qui gangrènent la région est vue par les occidentaux comme un génocide contre les Ouïghours. Les accusations montent encore d'un cran lorsque Pékin est accusée d'avoir la main lourde avec tous les musulmans et l'islam en général.

Génocide culturel sur fond de lutte contre le terrorisme ?

Dans une interview accordée à Der Spiegel1 Adrian Zenz a affirmé que la Chine a interdit la pratique de l'Islam au Xinjiang. Ce sont des propos que l'on retrouvent souvent dans les médias occidentaux qui n'ont même pas pris la peine de les vérifier. La Chine voudrait éradiquer les Ouïghours, la Chine commettrait un « véritable génocide culturel » sur ces personnes. En réalité, ces affirmations sont très éloignées de la vérité.

Comme à son habitude, Adrian Zenz n'apporte aucune preuve de ses allégations, ce ne sont que de suppositions. Mais ce qui est sûr, c'est qu'en Chine le droit à la religion est protégé par l'article 36 de la constitution2. Il y est clairement précisé : aucun organe de l'État, aucune organisation sociale ni aucun individu ne peut contraindre les citoyens à croire ou à ne pas croire en une religion, ni exercer de discrimination à l'encontre des citoyens qui croient ou ne croient pas en une religion.

En revanche, la loi encadre les religions : personne ne doit utiliser la religion pour se livrer à des activités qui perturbent l'ordre public, nuisent à la santé des citoyens ou interfèrent avec le système éducatif de l'État.

Ce que la Chine essaye de faire, ce n'est pas de détruire l'islam et la culture Ouïghoure, mais d'éradiquer la culture salafiste.

Le port du voile intégral est interdit, les barbes considérées trop longues ne sont plus tolérées. Est-ce que le voile et la barbe font partie de la culture Ouïghoure ? Non, c'est une culture salafiste. Obliger les femmes à se couvrir complètement le visage, n'est pas une simple obligation religieuse. C'est également, et malheureusement, un symbole d'oppression et l’étendard d’un Islam radical.

Les religions ne sont pas interdites, mais la propagande et le prosélytisme le sont. La religion est quelque chose de personnel, qui doit rester dans la sphère privée et n'a pas grand-chose à faire dans la sphère publique. La liberté de culte ne doit pas être un droit de provoquer les autres par sa tenue.

hommes, Ouïghours
Les longues barbes pour les hommes ou le port du voile intégral pour les femmes ne font pas partie de la culture Ouïghoure

Aujourd'hui, il y a plus de 39,000 mosquées en Chine3 dont 25,000 uniquement dans le Xinjiang. Dans cette région, il y a une mosquée pour environ 530 musulmans. Cela fait de l'Empire du Milieu un des pays où il y a le plus de mosquées dans le monde. Il y a également des dizaines d'écoles islamiques dans lesquelles les enfants étudient les caractères arabes. Est-ce que cela vous semble cohérent avec une volonté d'éradiquer l'islam ?

Pendant la politique de l'enfant unique, les familles ne pouvaient avoir qu'un seul enfant. En fait, cela ne s'appliquait qu'aux Hans ; toutes les minorités étaient exclues de cette politique et pouvaient avoir autant d'enfants qu'elles voulaient. Cela était également valable pour les Ouïghours. Ne permettre d'avoir qu'un seul enfant et une façon d'éradiquer une population. Pourtant, la Chine ne l'a pas fait.

La Chine considère-t-elle l'Islam comme une maladie ?

Les autorités chinoises auraient déclaré que les Ouïghours enfermés dans les centres de rééducation seraient « infectés par une maladie idéologique », qu’il faut traiter « comme une maladie physique ». Des propos récurrents affirmés par Radio Free Asia 4, un média de propagande anti-chinois financé par le Congrès américain, qui prétend avoir reçu un enregistrement audio officiel du parti via WeChat. Comme d'habitude avec Radio Free Asia, l'enregistrement n'est pas disponible et nous devons les croire sur parole.

Mais même sans cette source, l'origine de cette rumeur trouve une explication dans la lecture des Xinjiang Papers. Même si la véracité de ces documents est contestable, dans certains passages les écoles de formation professionnelle sont comparées à des installations qui mettent en quarantaine les personnes atteintes du SRAS. Les personnes qui s'y trouvent doivent y rester jusqu'à ce que leur « maladie », c'est-à-dire l'endoctrinement terroriste, ait disparu. Il est donc préférable que les personnes soient débarrassées de l'idéologie terroriste avant d'être réintégrés dans la société.

Ce qui est considéré comme un problème, ce n'est pas l'islam, mais l'idéologie islamiste.

Il suffit de lire les documents, et pas certains passages ou mots soigneusement choisis par les médias, pour se rendre compte immédiatement que la religion en elle-même n'est pas visée. Non, la croyance religieuse n'est pas considérée comme une pathologie en Chine.

Les Chinois n'aiment pas les musulmans ?

Une des choses les plus frappantes quand on se promène en Chine et de voir combien d'ethnies différentes il y a. La nation chinoise est composée de 56 ethnies, dont plusieurs sont majoritairement de confession musulmane (notamment les Huis). Dans quasiment toutes les grandes villes, il y a des quartiers musulmans, des rues remplies de commerces et de restaurants.

On y trouve des touristes, des Chinois de toutes ethnies. On n'y voit ni violence ni animosité envers les musulmans. Les Huis ne sont pas envoyés dans des centres de rééducation, alors qu'ils sont musulmans.

Xi'an, femmes musulmanes, commerce
Des femmes en train de préparer des paquets de sucreries dans le quartier musulman de Xi'an

Une chose importante à comprendre dans la culture chinoise est que la religion d'une personne, ou ce qu'elle pense n'a pas d'importance. Les Chinois accordent par contre beaucoup d'importance aux actes ; ce qui compte ce n'est pas ce qu'une personne est, mais ce qu'elle fait.

Interdiction du Ramadan en Chine ?

D'autres mythes concernent une « interdiction du Ramadan au Xinjiang ». En fait, l'État demande uniquement aux fonctionnaires, aux membres du parti et aux élèves mineurs (primaire et collège) de s'abstenir de participer publiquement au jeûne religieux. Les restrictions sont limitées au secteur public et ne s'étendent pas au secteur privé.

Déjà, l'Islam n'impose pas au enfants de faire le Ramadan. Et Lorsqu'il a lieu pendant l'été, c'est une souffrance pour le corps de ne rien manger et surtout de ne rien boire quand il fait très chaud.

Un chirurgien, un policier, militaire, un pompier, un conducteur de car scolaire, peut-il vraiment assurer sa mission en toute sécurité pour le public quand il ne boit rien de la journée et qu'il fait plus de 40°C dehors ?

Pourquoi la Chine détruit des mosquées dans le Xinjiang ?

Le Think Tank australien ASPI, largement financé par l'industrie militaire américaine, a publié une étude5 dénonçant une campagne systématique et intentionnelle de destruction du patrimoine culturel de la région autonome Ouïghoure du Xinjiang. À l'aide d'images satellites, il estime qu'environ 16,000 mosquées du Xinjiang (65% du total) ont été détruites ou endommagées en raison des politiques gouvernementales, principalement depuis 2017.

La méthodologie utilisée n'est tout d'abord pas très académique. Les auteurs du rapport se sont basés sur des échantillons, c'est-à-dire la destruction de quelques mosquées au cours des dernières années, pour faire une estimation au niveau régional. Ils présentent ainsi 3 études de cas sur des mosquées ayant été détruites ou transformées, pour faire une généralisation au doigt mouillé dont le résultat peut largement être remis en question.

Il y aurait environ 24,000 mosquées dans le Xinjiang, soit une mosquée pour 530 musulmans. Mais ce nombre cache en fait une grande disparité entre les lieux de culte ; certains sont considérés comme un patrimoine culturel important à conserver et font l'objet de rénovations régulières. D'autres sont de petites mosquées de quartier, parfois en très mauvais état.

Le rapport sous-entend, sans apporter la moindre preuve, que les mosquées ont été détruites pour délibérément effacer la culture Ouïghoure et islamique autochtone au Xinjiang.

L'ASPI n'envisage même pas l'idée que certains lieux de culte, souvent très anciens, étaient dans un état structurel qui ne permettait plus d'accueillir les fidèles en toute sécurité. Des mosquées menaçant de s'effondrer et n'ayant pas un intérêt culturel et patrimonial ont certainement été détruites, c'est une certitude, mais ne nous trompons pas sur les causes de ces destructions.

D'ailleurs, les auteurs soulignent que les zones visitées par un grand nombre de touristes font exception à cette tendance dans le reste du Xinjiang : dans la capitale régionale, Ürümqi, et dans la ville de Kashgar, presque toutes les mosquées restent structurellement intactes.

Si la volonté était vraiment de détruire systématiquement les mosquées pour mettre fin à l'islam, pourquoi dans ce cas conserver et restaurer les plus grandes et les plus populaires ?

Finalement, la situation au Xinjiang n'est guère différente de celle des églises en France ; Le Figaro6 écrivait ainsi qu'en 2019 plus de 5000 églises étaient menacées de délabrement (sur environ 42,000). Alors que la France accorde une grande importance à son patrimoine, en 20 ans 45 églises ont été démolies7.

Enfin, le rapport de l'ASPI note que les pays à majorité musulmane n'ont pas contesté le gouvernement chinois au sujet de ses efforts visant à domestiquer, à siniser et à séparer la culture ouïghoure du monde islamique au sens large.

Ne pensez-vous pas que si la Chine voulait supprimer l'islam, les pays musulmans se seraient indignés ? N'est-ce pas finalement la preuve que tout ce rapport n'est qu'une farce grotesque ?

Ces prénoms musulmans que la Chine interdit

D'autres rumeurs prétendent qu'en interdisant certains prénoms musulmans8, la Chine force les Ouïghours à abandonner leur culture et viole leurs droits humains. Ces arguments sont présentés de façon discutable.

Le PCC a effectivement pris des mesures limitant uniquement les « prénoms des enfants visant à exagérer la ferveur religieuse ». Les noms religieux de style arabe étaient traditionnellement rares chez les Ouïghours et ne sont pas originaires de leur culture. Ils ne sont pas carrément interdits, mais fortement découragés. Les familles qui choisissent de nommer leurs enfants à partir d'une liste de 29 noms interdits peuvent toujours le faire, mais se verront refuser l'accès aux services gouvernementaux.

Sur cette liste de 29 prénoms, nous pouvons trouver par exemple Islam, Coran, Mecca, Jihad, Imam, Saddam, Hajj ou Médina.

Sincèrement, voudriez-vous vraiment appeler votre enfant Jihad ?

Les versions turques traditionnelles des noms arabes islamiques (auxquels les Ouïghours sont plus proches culturellement) ne sont pas interdites. Par exemple, « Mehmet » la version turque de « Mohammed », est toujours un nom très populaire dans le Xinjiang et n'est pas interdit.

Nombre de prénoms interdits évoquent une certaine association avec le Moyen-Orient (Mecca, Medina, Suriye, Bagdat, Ezhar), des personnalités de premier plan de la région (Erefat, Sadam, Oussama), une identification religieuse manifeste (Coran, Imam, Haji, Muslima, Islam), ou des de combattants djihadistes (Moydun, Mujahidin, Wahap, Zikirulla).

Et bien sûr, ce n'est pas une exclusivité chinoise. De nombreux pays, dont la France, ont des listes de noms interdits qui peuvent avoir un impact négatif sur la vie d'un enfant.

L'influence grandissante de l'islam radical en Chine

La grande majorité des Ouïghours sont des musulmans sunites ; ils se considèrent comme des « musulmans traditionnels ». Mais il y a aussi les salafistes.

Le salafisme est une école de pensée ultra-conservatrice au sein de l'islam, revendiquant un mode de vie et de prière qui remontant au 6e siècle, lorsque Mahomet était vivant. Les militants de l'État islamique sont ainsi salafistes.

À la fin des années 80, la Chine a commencé à permettre à des musulmans chinois de faire le pèlerinage à La Mecque, en Arabie Saoudite. Là-bas, certains ont apprécié l'idée d'une forme « pure » de l'islam portée par le salafisme, ils ont ensuite répandu ces enseignements chez eux. Parallèlement, des imams et des organisations saoudiens ont commencé à se rendre en Chine, apportant des programmes de formation ainsi que des financements pour de nouveaux « instituts islamiques » et des mosquées.

Une fracture s'est ainsi opérée au sein de la communauté musulmane. La nouvelle génération, beaucoup plus engagée et influencée par l'Arabie Saoudite, a commencé à contester les connaissances de l'islam traditionnel, considérant que les anciens n'étaient pas « de vrais musulmans ».

Les idéologies clairement salafistes peuvent être très puissantes ; l'État islamique attire de nombreux jeunes marginalisés à travers le monde, y compris en Chine.

Le 1er mars 2014, lors de l'attaque à la machette de la gare de Kunming dans le Yunnan, 4 assaillants Ouïghours ont tué 31 personnes. Les assaillants avaient planifié l'attaque depuis Shadian, un bastion salafiste à environ 250 kilomètres au sud.

La croissance du mouvement salafiste et l'expression d'une ferveur religieuse associée à l'extrémisme et au terrorisme, a secoué le gouvernement chinois. Bien que de nombreux salafistes chinois soient ouvertement non-violents et apolitiques, la relation avec les mécènes saoudiens est devenue épineuse et complexe. La crainte de la montée de l'extrémisme et du terrorisme fait que Pékin est de plus en plus attentif à l'influence religieuse étrangère.

Grande mosquée de Shadian

Le peuple Hui est l'autre grande ethnie musulmane vivant un peu partout en Chine. Bien intégrés à la société chinoise ils sont libres de prier à leur guise.

Farah Pandith, qui a été l'ambassadrice des communautés musulmanes sous l'administration Obama, s'est rendue en Chine en 2010 pour parler à de jeunes musulmans chinois à Shanghai, Nankin, Kunming et ailleurs9.

Elle a ainsi été littéralement choquée de voir comment l'influence de l'Arabie Saoudite avait infiltrée la communauté Hui.

Crise des Ouïghours en Chine, entre mensonges et propagande
La crise des Ouïghours cristallise l'attention, les tensions entre Pékin et Washington sont de plus en plus tendues. Que se passe-t-il vraiment dans le Xinjiang ?

Conclusion

La Parti Communiste Chinois essaye-t-il d'éradiquer l'Islam de son territoire ? C'est l'angle choisi par la plupart des médias occidentaux, mais en y regardant de plus près, il est évident que la cible n'est ne sont l'Islam ni les Ouïghours, mais la montée en puissance d'un islam radical.

D'ailleurs, pourquoi aucun pays musulman n'a condamné la Chine pour cette « supposée » répression contre les Ouïghours ? Pire, si aucun n'a condamné, nombreux sont ceux qui ont félicité la Chine pour son action contre le terrorisme et l'islam radical.

Références

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