Les centres de rééducation pour Ouïghours sont-ils des prisons ?

Les centres de rééducation pour Ouïghours sont-ils des prisons ?

Les pays occidentaux accusent la Chine de violation des Droits de l'Homme sur la communauté Ouïghoure, dont plus d'un million seraient enfermés dans des « camps de concentration ». Que sont véritablement ces centres d'enseignement et de formation professionnelle du Xinjiang ? Est-ce que ce sont de véritables prisons et que s'y passe-t-il vraiment à l'intérieur ?

Tout d'abord, en Chine comme partout dans le monde, il y a des prisons, pour ceux qui ont commis des crimes. Ceux qui ont participé à des attentats, ceux qui sont responsables d'avoir tué des innocents sans autre raison que le séparatisme porté par l'idéologie religieuse, iront dans de véritables prisons et sans doute qu'ils termineront leur vie avec une balle dans la tête.

Mais comment gérer ceux qui ne sont pas encore passés à l'action tout en étant engagés dans l'extrémisme ? Est-ce que la société doit laisser ces personnes pratiquer une religion qui enseigne et propage la violence, qui considère que tous les autres sont des infidèles qui méritent une mort violente ?

Bien que choisir sa religion est un droit fondamental, mais à partir du moment où cette religion devient une idéologie qui incite à la violence, la Chine trace une ligne rouge. Le salafisme est interdit : ceux qui pratiquent le salafisme se retrouvent hors la loi, car ils incitent à la violence.

Faut-il pour autant mettre ces personnes dans des prisons ? Ce n'est pas une bonne solution, les prisons sont souvent des lieux au sein desquels les personnes se radicalisent encore plus.

Pour la Chine, la principale cause de cette radicalisation est la difficulté de trouver un emploi du fait d'un manque d'éducation ou de formation. Le meilleur moyen de prévenir la radicalisation est d'apprendre un métier à ces personnes et de leur redonner de l'espoir, en leur apprenant un métier.

Pourquoi ces centres sont si sécurisés si ce ne sont que des écoles ?

Les photos qui sont montrées dans les médias montrent une structure plutôt carcérale : des barreaux aux fenêtres, des caméras de surveillance, des clôtures, des « tours de guet ». Cela ressemble clairement à des prisons, mais cela mérite quand même de s'y attarder plus longuement.

Le point fondamental à souligner ici est que, oui, les gens sont détenus dans ces centres professionnels qui ont l'apparence de prisons, mais la structure de leur emprisonnement est importante. Il s'agit en général de personnes qui n'ont pas commis de terrorisme pur et simple, mais qui se sont montrées susceptibles de commettre des actes terroristes, ou qui sont déjà engagées dans ces idéologies violentes.

C'est pour cela que le gouvernement chinois considère que ces centres de formation sont des mesures de précaution contre le terrorisme, le séparatisme et l'extrémisme, car l'éducation est le moyen le plus efficace de tuer dans l'oeuf l'idéologie de la haine.

Les médias soulignent souvent la présence de policiers à l'entrée des centres. Sauf que dans le Xinjiang, les policiers sont présents autour de toutes les zones sensibles. En France, lorsque le Plan Vigipirate est activé, il y a également des militaires armés autour de certaines écoles.

Il est raisonnable de penser que ces centres sont ultra-sécurisés, aussi pour protéger les personnes qui se trouvent à l'intérieur. Le Xinjiang a été frappé par des attentats durant des années. Des attaques souvent ciblées sur les Hans et sur les Ouïghours qui ne sont pas tombés dans l'extrémisme. Ces derniers étant considérés comme des infidèles qui ne suivent pas la véritable voie de l'islam.

Quand le Xinjiang a-t-il est frappé par le terrorisme ?
Entre 1990 et 2016, des milliers d'attaques terroristes ont été perpétrées dans le Xinjiang, tuant un grand nombre d'innocents et visant toutes les ethnies.

Ces centres sont donc des cibles parfaites pour des attentats extrémistes, tuant ainsi des centaines de personnes en une seule fois. Il est à ce titre important d'avoir une présence militaire importante autour.

Que se passe-t-il dans ces centres ? Les détenus sont-ils torturés ? C'est difficile à dire, car il n'y a, pour l'instant, aucune preuve tangible, seulement des témoignages. Même si cela reste possible, nous devons au moins être honnêtes et garder nos yeux ouverts, car certaines personnes pourraient avoir des motifs pour raconter ça.

formation dans centre de rééducation dans le xinjiang

La BCC visite un centre de rééducation, et tente de nous manipuler

De nombreux articles de presse suggèrent que ce ne sont guère plus que des « camps de concentration nazi », et que les gens qui y sont enfermés vivent un enfer. La meilleure façon de vérifier certaines de ces affirmations est d'y aller réellement. C'est ce qu'a pu faire un journaliste de la BBC, et malgré sa volonté de présenter une vision négative de ces endroits, il nous montre également que les Ouïghours n'y sont pas détenus pendant des mois, mais peuvent en sortir chaque week-end pour retrouver leurs familles. Peut-on alors vraiment parler de prison ?

La BBC a ainsi eu l'occasion un documentaire sur le sujet1. Le résultat ? Peu importe les efforts déployés par la BBC pour présenter les écoles comme l'enfer sur terre, notamment en donnant une fausse traduction des paroles des personnes interrogées, en utilisant des images hors contexte et en inventant des mensonges, le documentaire ne montre rien des violations des Droits de l'Homme.

Pour beaucoup de personnes, il semble logique de penser que la Chine a quelque chose à cacher et qu'elle ne permet pas l'accès à l'intérieur. Et que si elle ouvre les portes de ces centres, c'est qu'elle a forcément tout falsifié à l'intérieur, que tout a été planifié et organisé pour tromper les spectateurs.

Or, lorsqu'il s'agit de tromper les spectateurs, la BBC est en bonne place.

Si la BBC a du talent, c'est clairement pour la mise en scène, et dès le début. Une musique qui commence à faire naître un sentiment d'effroi, un ciel qui s'assombrit dès que le bus entre dans le centre. Le ton est donné, ce qui va suivre ne sera en aucune manière une vision neutre et objective. Il y a énormément de choses à dire sur cette vidéo, et je ne vais me concentrer que sur les points les plus fallacieux.

Que voit-on objectivement dans cette vidéo ? Des Ouïghours qui apprennent un métier, développent de nouveaux talents, apprennent le chinois. Où est le mal si cela peut leur ouvrir des possibilités professionnelles ?

Lorsque le journaliste, John Sudworth, demande à un danseur s'il est venu à l'école de son plein gré, de dernier répond oui, car il avait été influencé par l'extrémisme et le terrorisme. Il ajoute alors « un policier de mon village m'a dit de m'inscrire dans cette école ». Ce sont les propos tels que traduits par le journaliste de la BBC. Or le jeune homme dit 这么好的学校,你可以去参加,转化自己的思想, ce qui se traduit par c'est une école formidable, vous pouvez vous y inscrire et changer votre vision du monde. La BBC transforme ainsi une suggestion en une directive.

danseur ouïghour dans un centre de rééducation du Xinjiang
Selon le journaliste, la performance de ces danseurs a uniquement pour but de montrer que des étudiants sont venus ici de façon volontaire.

Lorsqu'un instructeur précise que les gens sont là de leur plein grès, le journaliste répond : Un endroit où les gens doivent venir, obéir aux règles, rester jusqu'à ce que vous les autorisiez à partir, ne ressemble-t-il pas davantage à une prison ? Hormis que cela ne prouve en aucun cas qu'ils ne sont pas là de leur plein grès, ces termes termes peuvent également s'appliquer à tous les employers en général, y compris en France. Considère-t-on que les salariés français sont dans des prisons ?

Et que dire de ce soit disant graffiti « Oh mon cœur ne se brise pas » que le journaliste ne peut pas montrer parce que cela pourrait « mettre les gens en danger ». Si ce graffiti existait vraiment, simplement le mentionner ne met-il pas également la vie des personnes en danger ? La BBC est-elle idiote au point de nous laisser croire que le gouvernement chinois ne va pas regarder cette vidéo ?

Le point essentiel de l'argumentation de la BBC est l'interview de Rakhima Senbay, résidente du Kazakhstan. Elle affirme avoir déjà été dans les camps auparavant et c'était bien plus brutal que ce que nous avons vu, simplement « parce qu'elle avait WhatsApp sur son téléphone ». C'est le seul véritable témoignage dont dispose la BBC pour étayer ses affirmations.

Avoir WhatsApp sur son téléphone serait illégal en Chine ? Quasiment tous les expatriés utilisent cette application, et de nombreux Chinois aussi. Non, ce qui est illégal ce n'est pas d'avoir installé l'application, ce qui est potentiellement illégal, c'est le contenu qui est regardé et partagé via WhatsApp.

Ouïghours rentrent chez eux le week-end

À la fin de la vidéo, le directeur dit au journaliste que les élèves rentrent chez eux une fois par semaine. Mais attendez un peu... La BBC vient de nous donner la preuve que s'ils rentrent chez eux une fois par semaine, il ne sont donc pas enfermés pendant des mois !

On voit alors le bus s'arrêter au centre-ville, les personnes en descendre et partir librement chez eux. On nous dit même que « qu'ils reviennent au centre sans y être invités le lendemain » et qu'ils sont « surpris de voir des étudiants faire la queue pour attendre le bus de retour ».

Tout ce que le journaliste trouve à dire, c'est qu'il s'agit d'un « témoignage de l'ampleur de l'opération ». Aurait-il la même réflexion en voyant des élèves européens monter dans un car scolaire et quitter leur internat pour le week-end ?

Honnêtement, la première fois que j'ai vu cette vidéo, j'ai été moi aussi choqué. Puis en la regardant à nouveau, encore et encore, en coupant le son pour ne pas écouter les commentaires du journaliste et se concentrer sur ce que les images nous montrent, force est de constater que ce centre de rééducation ressemble bien plus à un centre de formation avec un internat qu'à une prison.

Sun Feiyang a fait une analyse très complète2, dans laquelle il met en évidence les nombreuses incohérences et mensonges de cette vidéo.

La BBC a mis en ligne plusieurs autres vidéos, toutes aussi manipulatrices, dans lesquelles le narrateur tente de nous faire croire que la Chine est en train de commettre un génocide.

Crise des Ouïghours en Chine, entre mensonges et propagande
La crise des Ouïghours cristallise l'attention, les tensions entre Pékin et Washington sont de plus en plus tendues. Que se passe-t-il vraiment dans le Xinjiang ?

Ces centres d'enseignement et de formation professionnelle, ne sont finalement pas de nature différente des services correctionnels ou des centres de déradicalisation que l'on peut trouver dans les pays occidentaux, dont la France. La différence est cependant mise sur le travail d'éducation et de formation afin de donner une qualification et de permettre à ces personnes d'accéder au marché de travail.

Références

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