Pourquoi parle-t-on de vols d'organes sur les Ouïghours ?

Pourquoi parle-t-on de vols d'organes sur les Ouïghours ?

Comme si la liste des accusations de génocide à propos de l'oppression des Ouïghours n'était pas assez longue, des « experts » soupçonnent la Chine de prélever de force des organes sur cette minorité ethnique du Xinjiang. Alors que certains indiquent avoir des informations crédibles à ce sujet, leur analyse révèle une fois de plus de la désinformation et une propagande anti-chinoise.

Une nouvelle vague d'accusations frappe la Chine avec la publication par le site VICE1 d'un article sur Comment la Chine vend les organes Halal de ses prisonniers Ouïghours aux riches. Evidemment, tout ce que dit a été diffusé par l'ensemble de la presse française, sans se demander si ces accusations étaient fondées, surtout que le magazine aurait apporté des « preuves ».

Vol d'organe sous couvert d'un examen médical ?

VICE affirme que les autorités du Xinjiang prélèvent des organes sur des détenus Ouïghours, et qu'ils en ont la preuve imparable.

Voici cette preuve : depuis 2016, le gouvernement chinois a lancé une vaste campagne de bilan médical dans la région autonome du Xinjiang. Des tests uniquement obligatoires pour ses habitants Ouïghours âgés de 12 à 65 ans. Dans la batterie de tests proposés, du sang est prélevé, mais aussi des examens échographiques sont parfois réalisés. Ces derniers permettent de visualiser la taille, la forme et la structure interne d'un organe.

Et l'auteur de conclure : des bilans médicaux douteux que la Chine n'a jamais cherché à justifier.

Comment peut-on se qualifier de journaliste et oser dire de telles bêtises ? Un bilan médical généralisé ne montre qu'une chose : que la Chine se soucie de la santé de son peuple en faisant de la prévention et dépister au plus tôt d'éventuels problèmes qui seront plus difficiles à traiter plus tard. Les échographies sont des examens complémentaires qui permettent par exemple de repérer des anomalies (malformations, tumeurs, caillots sanguins), de mettre en évidence une lésion suspecte dans un organe, évaluer le fonctionnement du cœur, etc.

La prochaine fois que vous passez une échographie, faites attention, on est peut-être en train de vous voler vos organes !

Global Times2 a fait un « debunkage en règle » de cet article, et souligne que ces tests ne concernaient pas que les Ouighours mais toutes les personnes, de tous les groupes ethniques.

En 2019, la Chine a investi 2.5 milliards de Huans uniquement l'aide médicale pour sa population pauvre, ainsi qu'un budget supplémentaire pour donner gratuitement une assurance maladie aux 1,6 millions de personnes les plus pauvres du Xinjiang.

Xinjiang, Ouighour, bilan de santé
Depuis 2016, tous les habitants du Xinjiang peuvent bénéficier chaque année d'un bilan de santé gratuit, dans le cadre de l'amélioration la santé et de la réduction de la pauvreté.

Le système de santé en Chine n'est pas aussi généreux que celui de la France, et trop souvent les personnes ne se font pas soigner par manque d'argent. De plus, avoir une maladie grave en Chine (par exemple un cancer) est malheureusement synonyme de dépenses exorbitantes qui ne sont pas couvertes par le système d'assurance maladie classique. Faire de la prévention et de la détection précoce est un excellent moyen de réduire les soins et leur montant.

Comment des organes de Ouïghours pourraient être revendus au Moyen-Orient ?

L'article de Vice manque cruellement de connaissance sur le processus de la transplantation lorsqu'il indique que le Parti communiste chinois avait récemment commencé à transporter une grande quantité d'organes de Ouïghours entre Shanghai et l'Arabie Saoudite.

Un des principes de la greffe d'organes est que ces deniers doivent d'abord être attribués aux hôpitaux du même endroit pour garantir le taux de réussite et éviter les complications lors de la transplantation. Selon l'Agence de la Biomédecine3 : « entre le moment où l'organe est prélevé et le moment où il est greffé, il ne faut pas dépasser 3 à 4 heures pour un cœur, 6h en moyenne pour un foie, 6 à 8 heures pour un poumon, 24 à 36 heures pour un rein ».

Si les organes prélevés sont à destination de riches Chinois, ces derniers habitent le plus souvent dans des grandes villes de la partie Est du pays (notamment Pékin ou Shanghai). Or le Xinjiang étant situé au Nord-Ouest de la Chine ; il faut 4 heures et demie de vol pour aller d'Ürümqi à Pékin et plus de 5 heures pour aller à Shanghai.

À cela, rajoutez les temps de transport entre les aéroports et hôpitaux, et l'on se rend rapidement compte que les délais sont bien trop justes pour avoir une bonne réussite de la greffe (ou tout simplement l'organe ne peut plus être greffé).

Délai entre le prélèvement d'organe et la greffe

Si la Chine voulait vendre des organes « Halal » en Arabie Saoudite en transitant par Shanghai, imaginez le voyage qu'ils devraient faire ! 5 heures de vol du Xinjiang vers Shanghai, puis 17 heures de plus jusqu'à Riyad ! Mais pour Vice, il n'y a visiblement rien de choquant, ce qui en dit long sur la déontologie de l'auteur.

Les Chinois sont-ils opposés au don d'organe ?

Une autre raison énumérée par VICE pour soutenir ses accusations contre la Chine est que pour avoir une transplantation l'attente se compte souvent en jours et parfois en semaines. Alors que pour beaucoup de pays, il faut parfois attendre plusieurs mois, voir des années, et que en Chine, il faut environ 12 jours seulement.

Alors que de nombreuses personnes en Chine ne souhaitent pas donner leurs organes après leur mort, pour VICE le « prélèvement d'organes sur des Ouïghours » compense la forte demande.

D'où vient ce nombre de 12 jours pour avoir une greffe en Chine ? Évidemment, Vice n'indique aucune source. Tout au plus, il indique que ces chiffres sont également confirmés par le député européen Raphaël Glucksmann qui a mené l'enquête sur le sujet en citant un tweet de cette personne qui est connue pour son attachement à diffuser toute la propagande anti-chinoise qui peut lui tomber sous la main.

Si tout cela ne montre qu'une chose, c'est que le rapport de VICE est superficiel et biaisé en ce qui concerne le système chinois de transplantation et de don d'organes.

Tout d'abord, il y a de grosses différences entre les organes : si les dons de cœurs sont relativement peu nombreux, les poumons ou les reins sont assez courants.

L'article du Global Times indique d'ailleurs que 86% des dons d'organes sont faits par des membres de la famille (car il est possible de vivre avec un seul rein ou un seul poumon).

Vice indique que dans la culture chinoise, il est important de garder intact le corps après la mort et donc ne pas faire don de ses organes, ce qui n'est pas tout à fait vrai. Pour être plus précis, c'est un concept qui concerne plutôt le bouddhisme, selon les Tibétains le processus de la mort n’étant pas terminé, prélever des organes correspondrait à tuer une personne en fin de vie4. Environ 13% des Chinois se disent bouddhistes.

Evolution du nombre de donneurs et de dons d'organes en Chine, de 2010 à 2017

Depuis les années 1980, la Chine a commencé un travail lié au don d'organes en profitant de l'expérience internationale. En août 2009, la Croix-Rouge et le Ministère de la Santé ont organisé une conférence sur le don d'organes humains5 et ont annoncé conjointement la mise en place d'un système afin de promouvoir le don après la mort cardiaque dans tout le pays.

Avec une si grande population, la Chine a une énorme demande de transplantations d'organes. Malgré certains concepts traditionnels qui restent un frein (comme dans la plupart des pays), le don d'organes après la mort a fait un premier pas solide et les dons volontaires se multiplient.

Crise des Ouïghours en Chine, entre mensonges et propagande
La crise des Ouïghours cristallise l'attention, les tensions entre Pékin et Washington sont de plus en plus tendues. Que se passe-t-il vraiment dans le Xinjiang ?

Quels liens entre les prélèvements d'organes sur les Ouïghours et le Falun Gong ?

Chez ceux qui s'intéressent à la Chine depuis quelques années, ces histoires de prélèvement d'organes par la Chine en rappellent une autre. En 2006, des représentants du Falun Gong affirment que des prélèvements forcés d’organes sont effectués sur ses pratiquants, envoyés dans des camps puis tués afin de récupérer et de vendre leurs organes.

Le Falun Gong tente de se donner une belle image avec des personnes qui pratiquent la méditation et des exercices aux mouvements lents et souples. Non, ça c'est du Qi Qong ; le Falun Gong est une secte qui prône le rejet de la science (et notamment de la médecine) et a des positions clairement racistes. Le Falun Gong a été interdit en Chine, mais son créateur s'est lancé dans une vaste propagande anti-chinoise dont les ramifications vont bien au-delà de ce que vous pourrier imaginer.

De nombreuses enquêtes ont été faites par plusieurs gouvernements, et aucune preuve n'a pu être trouvée. Notamment, le département d'État américain a déclaré6 que ses fonctionnaires se sont rendus dans la région à plusieurs reprises en avril et n'ont trouvé aucune preuve pour étayer les allégations selon lesquelles un site du nord-est de la Chine aurait servi de camp de concentration pour emprisonner les pratiquants de Falun Gong ou d'installation pour prélever des milliers d'organes.

Pourtant, ces accusations reviennent régulièrement sur le devant de la scène. Cela n'a pas fonctionné pour le Falun Gong, et ces mêmes personnes utilisent les bonnes vieilles techniques à propos des Ouïghours.

Références

x
Que voulez-vous savoir sur la Chine ?