Le dessous des accusations de travail forcé dans le Xinjiang

Le dessous des accusations de travail forcé dans le Xinjiang

Il s'agit de la dernière en date d'une série de violations présumées des droits de l'homme à l'encontre des Ouïghours et d'autres groupes minoritaires musulmans dans la région. Cette question est devenue un nouveau point sensible entre la Chine et les États-Unis. Pékin a nié avec véhémence ces accusations, affirmant qu'il s'agit de mensonges fabriqués par les forces anti-chinoises et défend ses politiques en affirmant qu'elles contribuaient au développement de l'économie de la région.

Une importante pression internationale s'est exercée et s'est intensifiée sur la Chine au cours des derniers mois. Mais le travail forcé est difficile à prouver ; et l'absence de preuves factuelles et les dimensions politiques de l'affaire font que les tensions se sont tellement polarisées qu'il y a peu de place pour une discussion rationnelle.

D'où proviennent les accusations de travail forcé dans le Xinjiang ?

Sans aucune surprise, ce sont toujours les mêmes « chercheurs » ou instituts de recherche qui sont à l'origine de ces allégations. Et sans surprise, ces publications sont pleines de non-sens et de suppositions qui sont présentées comme des affirmations.

Adrian Zenz, l'expert auto-proclamé du Xinjiang

En décembre 2020, Adrian Zenz, déjà connu pour ses multiples publications sur les atteintes aux droits de l'homme dans le Xinjiang, a publié une nouvelle étude1 sur le transfert de main-d'œuvre et mobilisation des minorités ethniques pour la récolte du coton.

Cette nouvelle publication est dans la lignée des précédentes : elle présente des suppositions comme des affirmations, les points clé ne donnent lieu à aucune source pour les valider, ou bien les propos dans les documents en chinois sont complètement déformés et perdent leur sens initial, dans le but de se conformer à la conclusion de Zenz.

Par exemple, Zenz a déclaré que notamment, les cueilleurs de coton du Xinjiang ont longtemps été difficiles à trouver en nombre suffisant, avec comme source un reportage du Xinjiang Daily. Or, l'histoire originale disait que le producteur de coton trouvait qu'il était difficile d'amener les travailleurs à cueillir du coton, et plus tard, il a utilisé des machines pour planter, gérer et récolter 400 mu (environ 26 hectares) de coton. Le rapport a également noté qu'Aksu a commencé à pousser l'utilisation de machines dans la plantation et la récolte de coton depuis 2011, ce qui a aidé les agriculteurs à augmenter leurs revenus de 70 millions de yuans en 2017.

En 2020, quasiment 70% de la production de coton du Xinjiang a été récoltée mécaniquement

Ce que Zenz ne dit pas, c'est que le Xinjiang accélère l'utilisation de machines pour la plantation et la récolte du coton, ce qui permet d'économiser la main-d'œuvre et les coûts. Des machines importées des États-Unis, notamment John Deere, ont été largement utilisées au Xinjiang.

Le South China Morning Post a publié en août 2020 un rapport2, selon lequel les ventes de machines de récolte du coton fabriquées aux États-Unis et destinées à être utilisées au Xinjiang ont augmenté de 4000% en un an.

Le problème le plus important du document est le manque de preuves concrètes. Zenz fait un tas de revendications sensationnelles et effrayantes, mais ses sources sont soit des documents officiels chinois, dans lesquels il omet délibérément, et systématiquement, toute déclaration contraire à ses récits, soit fait de fausses traductions, soit il ne prend pas la peine de donner de source du tout.

Zenz utilise intelligemment la narration tout en sachant que les lecteurs occidentaux ne connaissent ni la langue ni la culture Chinoise, afin de dépeindre les choses de la manière la plus effrayante possible. Les efforts de réduction de la pauvreté dans le Xinjiang ne sont pas très différents de ce qui se fait à l'échelle nationale.

Le contenu de cette étude n'a pas grande valeur, et elle est relativement passée inaperçue. Mais son objectif a été atteint : elle a été initiatrice d'un tollé mondial contre le coton du Xinjiang et a amené au boycott de plusieurs grandes marques.

L'ASPI est de retour avec un rapport très controversé

L'ASPI (Australian Strategic Policy Institute) est un groupe de réflexion sur la défense et la politique stratégique. Il a été fondé par le gouvernement australien et est financé principalement par le ministère australien de la Défense et le département d'État américain et entretient des liens étroits avec l'industrie de l'armement.

L'ASPI est surtout connu au niveau international pour ses travaux sur la Chine, notamment pour ses « révélation « sur les camps d'internement du Xinjiang qu'il aurait mis en évidence à l'aide de photos satellites.

Au début de l'année 2020, l'institut a mis en ligne un rapport3 intitulé « Uyghurs for sale : Re-education, forced labour and surveillance beyond Xinjiang » dans lequel il affirme avoir découvert un programme systématique de travail forcé dans les usines chinoises, un crime odieux orchestré par le gouvernement chinois contre le groupe ethnique ouïghour de la province du Xinjiang.

L'ASPI a dressé une liste de 82 entreprises internationales qui, selon l'institut, sont probablement complices du recours au travail forcé des Ouïghours par le biais de leurs chaînes d'approvisionnement en Chine. Plus de 80 000 Ouïghours pourraient être soumis au travail forcé.

D'innombrables médias grand public et organisations non-gouvernementales se sont fait l'écho des allégations de travail forcé.

usine xinjiang manteaux
Des ouvriers (pas des esclaves) fabriquent des manteaux en duvet dans une usine du comté de Jiashi, dans la Région Autonome Ouïghoure du Xinjiang. [Photo par Wang Zhuangfei/China Daily]

Le gouvernement du Xinjiang a nié les conclusions de ce rapport, déclarant qu'il était plein de supposition et d'histoires fabriquées. Parmi les entreprises citées dans le rapport de l'ASPI, nombre d'entre elles ont déclaré qu'il n'y avait pas de travail forcé dans leurs chaînes d'approvisionnement ou qu'elles n'avaient pas de relations commerciales avec les fournisseurs cités par l'ASPI.

Mais un rapport récent de l'Australien Jaq James4, analyste indépendante et défenseuse du droit international, démonte l'ensemble du rapport de l'ASPI d'un point de vue juridique, concluant que le rapport de l'ASPI n'était pas un travail d'analyse savant, mais plutôt une pièce de désinformation stratégique pour causer du tort.

Cette démolition complète du rapport de l'ASPI montre de manière concluante que les allégations ne reposent sur aucune preuve crédible, qu'elles sont sans fondement académique et sont dépourvues de toute base juridique solide. Il s'agissait clairement d'un travail de propagande et, au mieux, d'une violation des droits des Ouïghours.

Le rapport de 78 pages montre qu'aucune des 18 accusations de l'ASPI ne résiste à l'examen, et que le rapport dénigre délibérément la Chine. La conclusion est que c'est en fait le groupe de réflexion australien qui a enfreint les droits de l'homme du peuple Ouïgour, à savoir « son droit au travail et son droit d'accéder à des programmes de formation professionnelle, et peut-être d'autres droits de l'homme ».

Une vague d'indignation envers ces marques qui ne veulent plus utiliser le coton du Xinjiang

Au centre de la polémique, se trouve la Better Cotton Initiative (BCI), une organisation à but non-lucratif qui promeut de meilleures normes dans la culture du coton. Implantée dans 25 pays à travers le monde, elle représente 23% de la production mondiale de coton. Dans ses partenaires, la BCI compte de nombreuses grandes marques de vêtements.

En mars 2020, la BCI annonce suspendre ses activités dans la Région Autonome Ouïghoure du Xinjiang en Chine en raison d'allégations persistantes de travail forcé dans la région. En octobre 2020, elle cesse toutes ses activités dans le Xinjiang, citant des allégations soutenues de travail forcé et d'autres violations des droits de l'homme" dans la région conduisant à "un environnement opérationnel de plus en plus intenable.

Le 26 mars 2021, le bureau de représentation de BCI Shanghai a déclaré qu'il n'avait trouvé aucune preuve de travail forcé au Xinjiang.

La BCI a par la suite supprimé sa déclaration d'octobre 2020 de son site Web concernant la cessation des activités sur le terrain au Xinjiang, mais le mal était déjà fait.

H&M, Nike et d'autres grandes marques de vêtements occidentales ont commencé à être boycottées en Chine en raison de la position qu'elles ont adoptée contre l'utilisation présumée du travail forcé, pour produire du coton dans la région occidentale du Xinjiang du pays. Les marques ont été prises dans une tempête de feu croissante qui a éclaté sur les médias sociaux chinois.

Des dizaines de célébrités chinoises ont résilié leurs contrats ou ont déclaré qu'elles couperaient les liens avec ces marques, y compris Nike, Adidas, Puma, Converse, Calvin Klein, Tommy Hilfiger et Uniqlo.

La déclaration la plus révélatrice est celle de H&M qui, en 2020, indiquait qu'elle ne s'approvisionnerait pas en coton provenant de la Région Autonome Ouïgoure du Xinjiang et a ajouté qu'elle avait mis fin à sa relation avec une entreprise chinoise de filature accusée d'utiliser le "travail forcé" des musulmans ouïgours.

L'acteur Huang Xuan et l'actrice Song Qian, ambassadrices de la marque H&M depuis 2020, ont immédiatement déclaré qu'ils ne travailleraient plus avec la société.

Boycott de H&M en Chine
H&M a fait face à un barrage de critiques de la part des utilisateurs chinois des médias sociaux. Les géants chinois du commerce électronique Alibaba et JD.com ont même retiré tous les produits H&M de la vente après la réaction de la marque.

En quelques heures, les critiques s'étaient répandues sur Nike. L'entreprise a déclaré qu'elle était préoccupée par les rapports de travail forcé au Xinjiang. Le communiqué de la marque indique que Nike ne s'approvisionne pas en produits auprès de [Xinjiang] et nous avons confirmé auprès de nos fournisseurs contractuels qu'ils n'utilisent pas de textiles ou de fils filés de la région.

Peu après que la déclaration Nike ait commencé à circuler, le chanteur et acteur chinois Wang Yibo a déclaré qu'il avait coupé les liens avec la société américaine et s'opposait fermement à toute remarque et action qui diffament la Chine.

Au cours de l'année 2021, un certain nombre d'entreprises occidentales ont déclaré qu'elles examineraient leurs chaînes d'approvisionnement mondiales pour s'assurer qu'elles étaient exemptes de produits en coton du Xinjiang après des allégations de travail forcé impliquant le peuple ouïghour musulman de la région.

Muji coton Xinjiang
La marque japonaise Muji indique sur son site que les chemises sont fabriquées en coton bio entièrement cueilli à la main au Xinjiang.

Pendant ce temps, alors que la réaction des médias sociaux s'étend maintenant à d'autres grandes marques occidentales, certaines entreprises en Chine ont commencé à annoncer de manière importante leur utilisation du coton fabriqué au Xinjiang. La marque chinoise Anta Sports a déclaré dans un communiqué qu'elle continuerait à utiliser le coton du Xinjiang, tandis que le japonais Muji a commencé à faire de la publicité5 pour des produits fabriqués avec du « coton du Xinjiang ».

FILA China, qu'Anta Sports a acquise de la marque italienne FILA en 2009, a également annoncé6 qu'elle utilisait du coton produit en Chine, y compris au Xinjiang, et avait entamé la procédure de retrait de BCI.

Des internautes chinois ont même félicité la marque de chaussures Skechers, basée en Californie, pour une récente déclaration7 sur les travailleurs Ouïghours, selon laquelle ses audits internes n'ont trouvé aucune preuve que son fournisseur chinois avait utilisé le « travail forcé ».

Comment prouver le travail forcé ?

L'Organisation Internationale du Travail définit le travail forcé comme « un travail ou un service exécuté contre son gré et sous la menace d'une peine quelconque ». Mais comment peut-on vraiment prouver que l'on ne fait pas appel au travail forcé ?

D'un côté, nous avons de nombreux témoignages de travailleurs, dans les champs de coton ou bien des usines, qui disent qu'ils n'ont aucune obligation à venir y travailler ici, que les conditions de travail sont bonnes et qu'ils sont payés correctement. Ces témoignages sont fournis aussi bien par les médias locaux, le gouvernement chinois, mais également des blogueurs ou Youtubers vivant sur place, montrant la vie au Xinjiang telle qu'elle est vraiment.

De l'autre côté, des organisations de défense des Droits de l'Homme indiquent que ces témoignages sont, sans aucun doute, réalisés sous la contrainte. Les travailleurs ne se sentent pas en sécurité à cause « des niveaux élevés de surveillance et de répression dans la région ».

Ironiquement, tous les témoignages de personnes qui prétendent avoir subi des atteintes aux Droits de l'Homme dans des camps d'internement, ne sont jamais remis en question. Mais tous ceux qui témoignent qu'ils ne sont pas soumis à du travail forcé, sont considérés comme des menteurs ou manipulés par le Parti Communiste Chinois.

De grandes marques de l'habillement ont fait des audits auprès de leurs fournisseurs chinois, et n'ont jamais pu mettre en évidence du travail forcé. Mais visiblement cela ne suffit pas, car la réaction est que soit ces marques mentent, soit elles ont mal fait leur audit (car sinon elles auraient trouvé des éléments liés au travail forcé).

Cette nouvelle crise semble être une impasse sans espoir de résolution, car les pays occidentaux n'accordent aucune confiance envers la Chine.

Le problème, c'est que cela finit par nuire aux Ouïghours et aux travailleurs ruraux en général. Certaines multinationales font le choix de ne plus fabriquer ou s'approvisionner en Chine, de peur de se retrouver dans la tourmente, de devoir se justifier, voir d'être mises au pilori. La conséquence sera forcément une baisse d'activité dans le Xinjiang, du travail en moins pour les Ouïghours.

Alors que l'occident dit vouloir aider les Ouïghours, c'est l'inverse qui est fait, et prend une ampleur improbable avec l'arrivée des sanctions américaines sur la région du Xinjiang.

Quand les Etats-Unis votent une loi pour détruire l'économie du Xinjiang

Le 23 décembre 2021, le président Biden a signé la loi sur la prévention du travail forcé chez les Ouïghours (Uyghur Forced Labor Prevention Act). C'est la dernière d'une série d'initiatives américaines visant à remédier à la situation critique dans le Xinjiang.

L'une des principales caractéristiques de la loi est la création d'une présomption selon laquelle tous les produits fabriqués, même partiellement, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang sont le fruit du travail forcé et ne peuvent donc plus entrer aux Etats-Unis.

Les Etats-Unis demandent ainsi aux entreprises qui travaillent avec le Xinjiang, quelque chose qui ne devrait pas être envisageable dans un état de droit : prouver qu'elles sont innocentes. Le sénateur républicain de Floride, Marco Rubio, déclarait ainsi Si vous êtes une entreprise qui produit dans cette région, vous devrez prouver que ce ne sont pas des esclaves qui les ont fabriqués. La présomption pèse sur vous.

Évidemment, comme il est très difficile de prouver quelque chose que l'on n'a pas fait, les Américains espèrent ainsi affaiblir l'industrie du Xinjiang. Ils prétendent vouloir aider les Ouïghours, alors qu'en fait, ils leur suppriment leur travail, dans l'espoir de voir revenir les émeutes, la violence et le terrorisme.

En faisant en sorte que la région sombre à nouveau dans une constante violence, les Etats-Unis espèrent détruire le projet des Nouvelles Routes de la Soie, et stopper l'influence de la Chine dans le monde.

Pourquoi les États-Unis veulent déstabiliser le Xinjiang ?
Sont-ils vraiment si intéressés par les Ouïghours ou bien y a-t-il une raison bien plus malsaine à leur intérêt soudain pour cette région ?

En demandant aux entreprises du Xinjiang de prouver qu'elles ne font pas appel au travail forcé, Biden affirme de facto que tous les emplois de la région utilisent des esclaves, en l'occurrence les Ouïghours. Sauf qu'il y a toujours deux poids, deux mesures, quand il s'agit des relations entre les Etats-Unis et la Chine.

McDonald's Xinjiang Ürümqi.
En décembre 2020, le premier McDonald's du Xinjiang a ouvert à Ürümqi.

Dans le Xinjiang, il y a de nombreuses entreprises américaines. En 2020, le premier McDonald du Xinjiang a ouvert à Ürümqi. Récemment, Tesla a ouvert un showroom dans cette ville. Mais ces entreprises ne sont pas soumises au même régime ; elles ne doivent pas justifier qu'elles ne font pas appel à du travail forcé.

Pourtant, elles emploient aussi des Ouïghours. Pourquoi ne pas donner l'exemple en démontrant qu'elles font appel à des « travailleurs normaux » ? Parce que c'est quelque chose qu'il est impossible de prouver sans aucune ambiguïté.

Le but de ces sanctions, comme toutes les sanctions commerciales votées par les Etats-Unis, n'ont rien à voir avec les Droits de l'Homme, elles n'ont rien à voir avec les gens qu'ils prétendent aider. Le but est uniquement politique et économique, afin de briser le Xinjiang.

Crise des Ouïghours en Chine, entre mensonges et propagande
La crise des Ouïghours cristallise l'attention, les tensions entre Pékin et Washington sont de plus en plus tendues. Que se passe-t-il vraiment dans le Xinjiang ?

Références

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