Pourquoi les États-Unis veulent déstabiliser le Xinjiang ?

Pourquoi les États-Unis veulent déstabiliser le Xinjiang ?

Les Etats-Unis ont été les premiers à dénoncer le prétendu génocide de Pékin sur la communauté Ouïghoure, et sont sans cesse dans un battage médiatique autour de la question des droits de l'homme dans le Xinjiang. Sont-ils vraiment si intéressés par les Ouïghours ou bien y a-t-il une raison bien plus malsaine à leur intérêt soudain pour cette région ?

La Région Autonome Ouïghour du Xinjiang, située au Nord-Ouest de la Chine, est un vaste espace qui fait environ 3 fois la taille de la France. Le climat souvent très sec n'est pas des plus hospitaliers ; le territoire est enclavé entre des montagnes, recouvert en partie par des déserts, ce qui fait qu'il n'est pas facilement accessible. Ainsi, de nombreuses parties de cette région ont du faire face à une extrême pauvreté.

Mais cela a commencé à changer avec un projet majeur dans lequel la Chine s'est engagée : L'initiative Une ceinture, Une route (Belt and Road Initiative).

Ce projet, lancé en 2013, est une collaboration entre des dizaines de pays pour créer des infrastructures de développement, en se concentrant autour d'une zone correspondant à l'ancienne route de la soie, qui passe directement à travers le Xinjiang. C'est pour cela que ce projet est connu sous le nom des nouvelles routes de la soie.

La Chine et 138 autres pays se sont associés afin de développer des infrastructures pour mieux connecter entre elles les différentes régions de ce monde, et développer les échanges commerciaux.

En fait, la Chine propose la même recette que celle qui a mené à son développement rapide après les réformes d'ouverture de Deng Xiaoping : créer des infrastructures de transport permettant d'exporter des marchandises. Les revenus servant ensuite à créer de nouvelles entreprises, créer des emplois et améliorer le niveau de vie des gens.

Si toute une partie de l'Asie Centrale a du mal à se développer, c'est parce qu'elle est enclavée et assez mal desservie (ou alors par des avions). Si ces régions sont mieux connectée au reste au continent Eurasien, alors c'est toute l'activité économique de cette partie du monde qui sera stimulée.

Ceinture économique des nouvelles routes de la soie passant par le Xinjiang

Évidemment, ce projet du siècle a pour but d'avoir de nouveaux relais de croissance pour la Chine, en exportant plus de biens manufacturés vers ces régions. Mais c'est également un partenariat gagnant-gagnant ; les trains ne vont pas revenir à vide, mais ramèneront des choses que consommera la classe moyenne chinoise.

Sauf que dans ce tableau, il manque une grande puissance : les Etats-Unis. Ils ont refusé de participer à ce projet, de finalement cela n'aurait pas beaucoup de sens. À terme, l'objectif est quand même de privilégier des transports plus écologiques, tels que le train, plutôt que l'avion.

Inévitablement, les nouvelles routes de la soie vont rendre l'Europe et l'Asie moins dépendantes des importations américaines. Et ça, les Etats-Unis s'en sont rapidement rendus compte.

Le succès des nouvelles routes de la soie a renforcé l'influence de la Chine sur la scène internationale. Face à sa montée en puissance sur le plan économique, les Etats-Unis font tout pour ne pas perdre leur place de première puissance mondiale. Et pour eux, tous les coups (surtout les plus mauvais) sont permis.

Et c'est là que le Xinjiang entre en jeu ; les Etats-Unis y ont vu un moyen de briser la Chine de l'intérieur.

Depuis les années 90, cette région a été la cible de nombreuses attaques terroristes, perpétrées au nom du séparatisme et de l'islamisme, ce qui a conduit la Chine à prendre des mesures sévères. Ces attentats ont fait des centaines de victimes, aussi bien parmi les Ouïghours que les autres ethnies, et ont même commencé à s'étendre au reste du pays. L'attentat suicide à la voiture piégée sur la place Tiananmen à Pékin en octobre 2013, une attaque au couteau à la gare de Kunming en 2014, une valise piégée à la gare d’Ürümqi la même année ne sont que les plus marquants mais il y en a malheureusement beaucoup d'autres.

Ces attentats ont tous été perpétrés par des militants Ouïghours et certains ont été revendiqués par le Parti Islamique du Turkestan (PIT), une organisation séparatiste islamiste luttant pour l’indépendance du Xinjiang.

Peu de gens avaient vraiment conscience de ce qui se passait en Chine, et beaucoup pensaient que le renforcement de la sécurité dans la région n'était pas fondé.

Les Etats-Unis ont profité de ces événements tragiques pour attiser les tensions dans le Xinjiang et tenter de saborder le projet des nouvelles routes de la soie. Cela a commencé par toute une série d'accusation de génocide, de répression de la communauté Ouïghoure, de stérilisation forcé, d'endoctrinement des enfants, sans qu'aucune preuve n'ait pu être apportée.

Mais comme l'influence de la Chine ne baissait pas, la croissance chinoise était toujours là, ils ont décidé d'interdire l'importation de marchandises provenant du Xinjiang, sous prétexte que les Ouïghours seraient forcés de travailler comme des esclaves. Les entreprises chinoises doivent prouver qu'elles ne font pas appel à du travail forcé.

Pour l'administration Biden, chaque emploi dans le Xinjiang est considéré comme du travail forcé. Mais comment prouver le contraire ? Comment prouver que l'on ne fait pas quelque chose ? C'est impossible et chaque entreprise est forcément considérée comme coupable.

Les Etats-Unis gagnent ainsi sur deux tableaux. D'une part, l'économie du Xinjiang se trouve affaiblie par la baisse des contrats ; d'autre part, la demande de produits fabriqués aux Etats-Unis augmente. Et ceux qui en payent le prix, ce sont les Ouïghours, ceux que les Etats-Unis prétendent aider.

Au final, les Américains espèrent le retour de la violence et du terrorisme. Continuer à semer le trouble dans cette région si stratégique pour les nouvelles routes de la soie est le moyen idéal pour briser la croissance de la Chine.

Vous pensez que tout ceci n'est que fabulation ? J'ai gardé le meilleur pour la fin.

Sibel Edmonds12, est une ancienne traductrice du FBI. Elle avait dès 2015 alerté sur l'importance du Xinjiang en tant que porte d'accès stratégique dans l'approvisionnement des matières premières pour la Chine, et de son inévitable montée en puissance. Elle décrit alors très précisément ce qui allait se passer et comment les Etats-Unis allaient utiliser les tensions séparatistes de la région pour utiliser les Ouïghours, rallier le reste du monde dans leur cause, dans un but uniquement économique.

Nous voulons progressivement, en jouant la carte du genre et la carte de la race pour cette partie du monde, jouer la minorité sans terre. Nous allons les aider, ils seront opprimés. Alors nous utiliserons cela, nous mettrons une base militaire là-bas, et nous aurons aussi la sympathie du monde. Mais, en tant que nation occidentale, nous ne nous sommes jamais souciés des gens. Désolé.

Sibel Edmonds : en tant que nation occidentale, nous ne nous sommes jamais souciés des gens

Le colonel Lawrence B. Wilkerson, ancien chef de cabinet du secrétaire d'État américain, M. Powell, explique dans une vidéo3 les véritables raisons de la présence américaine en Afghanistan. Oui, ce même Powell qui a menti à propos d'un programme de fabrication d'armes de destruction massive afin de déclencher l'invasion de l'Irak en 2003.

Le meilleur moyen est de provoquer des troubles est de se joindre aux Ouïghours pour faire pression sur les Hans et Pékin

Nous sommes en Afghanistan comme nous étions en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, c'est-à-dire depuis au moins un demi-siècle. Cela n'a rien à voir avec Kaboul et la reconstruction de l'état, rien à voir avec la lutte contre les talibans ou la preuve que nous pouvons nous réconcilier avec les talibans, et rien à voir avec la lutte contre tout groupe terroriste.

[Nous restons] là parce que c'est le seul hard power que les États-Unis ont à proximité de l'initiative Une ceinture Une route de la Chine, qui traverse l'Asie centrale. Si nous devons avoir un impact sur cette initiative avec une puissance militaire, nous sommes en position de le faire en Afghanistan.

[Si] nous sommes là, c'est parce qu'il y a 20 millions d'Ouïghours et qu'ils n'aiment pas les Han-Chinois. (...) Si la CIA veut déstabiliser la Chine, le meilleur moyen de le faire est de provoquer des troubles chez ces hommes et de se joindre aux ouïghours pour faire pression sur les Hans et Pékin de l'intérieur plutôt que de l'extérieur.

Finalement, les Etats-Unis n'en ont rien à faire du Xinjiang et des Ouïghours, comme ils n'en ont rien à faire de Taiwan et des Taïwanais ou de Hong Kong et des Hongkongais. Ils les utilisent pour maintenir tant bien que mal leur position de leader du monde, entrainant avec eux les autres pays occidentaux dans leur croisade pour affaiblir la puissance de la Chine.

Cette technique d'endiguement avait porté ses fruits pour stopper l'extension de la zone d'influence soviétique. Ce sont les bonnes vieilles méthodes malsaines datant de la guerre froide qui sont toujours utilisées.

Tout pays ou régime qui a un jour le potentiel de dépasser les Etats-Unis devient son ennemi naturel et devrait être détruit. Fondamentalement, un monde divisé est dans leur intérêt afin de maintenir l'hégémonie américaine à travers l'Asie.

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Références

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