Pourquoi le détroit de Malacca est stratégiquement si important ?

Pourquoi le détroit de Malacca est si stratégique ?

Le détroit de Malacca est la route maritime la plus courte entre le Moyen-Orient et l'Asie de l'Est, ce qui contribue à réduire le temps et le coût du transport entre l'Asie, le Moyen-Orient et l'Europe. Son emplacement stratégique en fait une voie navigable vitale pour le transport des hydrocarbures, et de conteneurs de marchandises.

Une des plus importantes voies maritimes du monde

Les détroits sont des passages d'eau étroits qui relient des mers ou des océans. Ils sont toujours été d'une grande importance géopolitique et stratégique ; ils font également l'objet d'une concurrence régionale et mondiale. C'est pourquoi, ceux qui les contrôlent, peuvent les utiliser comme un outil de politique étrangère.

Le détroit de Malacca, long de 800 km et large de seulement 1,5 km à son point le plus étroit, est une étendue d'eau confinée entre la péninsule de Malaisie et l'île indonésienne de Sumatra. D'un point de vue économique et stratégique, c'est l'une des voies de navigation les plus importantes au monde, l'équivalent du canal de Suez ou du canal de Panama.

Depuis des siècles, le détroit de Malacca est la route commerciale la plus courte depuis l'Extrême-Orient et l'océan Indien, vers la Mer de Chine méridionale, reliant trois des nations les plus peuplées du monde : l'Inde, l'Indonésie et la Chine. Il constitue une alternative à la voie terrestre du nord, suivant le tracé des anciennes routes de la soie.

Les États bordant le détroit, l'Indonésie, la Thaïlande, la Malaisie et Singapour, forment le noyau de la région de l'ASEAN, l'un des pôles de croissance du monde en développement.

Carte du détroit de Malacca

Dès 1819, la British East India Company y a établi sa première station commerciale. En 1867, le détroit est devenu un lieu important pour la géopolitique mondiale avec la déclaration de Singapour en tant que colonie de la Couronne britannique.

Environ 80 % du volume du commerce international de marchandises est transporté par voie maritime, et ce pourcentage est encore plus élevé pour la plupart des pays en développement. De ce volume, 60 % du commerce maritime passe par l'Asie ; la mer de Chine méridionale transportant environ un tiers du transport maritime mondial.

La Chine continentale, Taïwan, le Japon et la Corée du Sud, dépendent toutes du détroit de Malacca, qui relie la mer de Chine méridionale à l'océan Indien. Avec plus de 60 % de ses échanges commerciaux en valeur transitant par mer, la sécurité économique de la Chine est ainsi étroitement liée à la mer de Chine méridionale.

Un point d'étranglement pour le transport des hydrocarbures

Près de 100 000 navires traversent le détroit de Malacca chaque année, représentant environ un quart des marchandises commercialisées dans le monde. Ce nombre devrait continuer d'augmenter en raison de la croissance économique rapide des pays de la région Asie-Pacifique.

Ce passage joue un rôle géographique clé pour toute la région indo-pacifique. Pour cette raison, de nombreux pays, y compris la Chine, et même les États-Unis, dépendent du détroit de Malacca.

Le détroit de Malacca est la route maritime la plus courte entre les fournisseurs du golfe Persique et les marchés asiatiques, notamment la Chine, le Japon, la Corée du Sud et la côte du Pacifique. Plus de 25% du pétrole transporté entre le Moyen-Orient et l'Asie transitent par cette bande étroite qui est devenue le principal point d'étranglement en Asie.

Le détroit de Malacca est également une importante voie de transit pour le gaz naturel liquéfié (GNL) depuis le golfe Persique et les fournisseurs africains, en particulier le Qatar, vers les pays d'Asie de l'Est où la demande GNL est croissante. Les plus grands importateurs de GNL dans la région sont le Japon et la Corée du Sud.

La croissance de l'économie chinoise s'est accompagnée d'une augmentation proportionnelle de sa dépendance aux matières premières et notamment aux hydrocarbures. Outre ses importations de Russie, elle importe également massivement du Moyen-Orient ou d'Afrique. Près de 80% des importations de pétrole et de gaz de la République Populaire de Chine transitent par le détroit de Malacca, ce qui en fait une voie cruciale du point de vue de sa politique de sécurité énergétique.

Si le détroit de Malacca était bloqué, près de la moitié de la flotte mondiale devrait faire le tour de l'archipel indonésien. Ce réacheminement immobiliserait la capacité d'expédition mondiale, augmenterait les coûts d'expédition et affecterait potentiellement les prix de l'énergie.

C'est cette importance stratégique qui explique en partie la présence militaire continue des États-Unis dans la région. Tout en fournissant des garanties de sécurité à leurs alliés régionaux (Taiwan, la Corée du Sud et le Japon), la présence de la septième flotte américaine rappelle aussi les intérêts de longue date des États-Unis dans la région : la participation aux guerres de Corée et du Vietnam, ainsi qu'à la guerre du Golfe.

Le dilemme de Malacca

L'expansion industrielle de la Chine est alimentée par sa forte dépendance à l'énergie, en particulier le pétrole. La Chine est devenue le plus grand importateur de pétrole au monde en 2017, dépassant les États-Unis. La plupart des importations chinoises proviennent du Moyen-Orient et de l'Angola.

Environ 80% du pétrole chinois doit passer par le détroit de Malacca. Avec Singapour, un allié majeur des États-Unis participant fréquemment à des exercices navals américains, situé à l'embouchure de l'ouverture orientale du détroit, le détroit de Malacca devient un point géopolitique stratégique.

En novembre 2003, le président Hu Jintao a décrit la situation de la Chine comme le « dilemme de Malacca », faisant référence au manque d'alternatives et à la vulnérabilité à un blocus naval. Le président a suggéré que certains pouvoirs ont toujours empiété et essayé de contrôler la navigation dans le détroit [de Malacca]. Il est clair que le terme « certaines puissances » faisait déjà référence aux États-Unis et à la capacité de la marine américaine de contrôler les voies de communication.

Tout blocus du détroit entraînerait non seulement la coupure de l'approvisionnement énergétique de la Chine au Moyen-Orient, mais aussi des matières premières d'Afrique, où la Chine a investi des milliards de dollars dans des projets miniers et d'infrastructure.

Ces questions sont débattues depuis des années en Chine, tandis que les autorités de Pékin cherchent à diversifier les sources d'énergie et à augmenter la part des énergies renouvelables.

À ce titre, le gouvernement chinois a pris un certain nombre de mesures pour réduire la dépendance excessive du pays à l'égard du détroit de Malacca. Il s'agit notamment de l'oléoduc Kazakhstan-Chine qui traverse la région stratégique du Xinjiang, au Nord-Ouest du pays. L'oléoduc Birmanie-Chine achemine, quant à lui, le pétrole et le gaz du golfe du Bengale jusqu'à la région de Kunming, évitant ainsi le détroit de Malacca.

Pourquoi le Xinjiang est si important pour la Chine ?
Ce ne sont ni les matières premières de la région, ni ses projets d'énergie verte, ni sa production de coton qui rendent le Xinjiang si stratégique.

Le moyen le plus efficace d'éviter complètement le détroit de Malacca serait de construire un canal à travers l'isthme de Kra dans le sud de la Thaïlande, offrant une route de navigation alternative. La Chine avait désigné ce projet comme faisant partie de sa route maritime des nouvelles routes de la soie.

Carte de la nouvelle route maritime passant par le canal de Kra, ou canal thaïlandais

Le concept d'un passage maritime reliant le golfe de Thaïlande et la mer d'Andaman a été rejeté par le gouvernement thaïlandais en 2020 ; le rêve d'un canal de Kra est en passe de devenir un pont terrestre, utilisant des réseaux routiers et ferroviaires pour transporter des marchandises à destination et en provenance des ports en haute mer de chaque coté. Cette route terrestre éviterait les inconvénients majeurs liés au creusement d'un canal, tels que les déchets environnementaux et l'isolement de la partie sud de la Thaïlande.

S'il était construit, ce pont terrestre fournirait un itinéraire alternatif, économisant environ 1 200 kilomètres et 2 à 3 jours par rapport à un voyage dans le détroit animé de Malacca, ce qui permettrait d'économiser les coûts de transport, et d'alléger la pression sur une voie navigable qui atteint sa capacité maximale.

En revanche, les expéditions devraient être déchargées et rechargées aux deux extrémités et cette voie terrestre deviendrait elle-même un autre point d'étranglement stratégique, et un cauchemar logistique.

De plus, si Pékin n'était pas en mesure d'assurer le contrôle de la région, cette nouvelle route serait toute aussi vulnérable et laisserait la Chine bloquée essentiellement dans la situation dans laquelle elle se trouve aujourd'hui.

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