« Comme disait Confucius… » En France, la formule précède souvent un proverbe que Confucius n’a jamais prononcé. Elle résume pourtant assez bien l’image que nous avons de la Chine : une civilisation qui aurait traversé les millénaires en gardant intacte sa sagesse, et dont il suffirait de lire les vieux textes pour comprendre les comportements d’aujourd’hui.
C’est une erreur. La Chine contemporaine doit au moins autant à l’économie, à la révolution, à l’exode rural et aux choix de chacun qu’aux penseurs de l’Antiquité. Et ces penseurs eux-mêmes ne formaient pas un chœur harmonieux ; Confucius, Mozi, Zhuangzi ou Han Fei se contredisaient, parfois vivement.
Leurs idées n’ont pas disparu pour autant. Elles sont toujours là, mais rarement là où on les attend.
Certaines sont devenues des habitudes. Personne n’a besoin d’avoir lu les Entretiens pour trouver normal de s’occuper de ses parents ; la piété filiale (孝, xiào) se vit plus qu’elle ne se récite. Elle se négocie aussi, dans des familles dispersées par les études et le travail.
D’autres sont reprises et transformées. Fin 2017, de jeunes Chinois se sont dits « style bouddha » (佛系, fóxì) pour exprimer leur distance avec la course à la réussite. Ils ne pratiquaient pas le bouddhisme. Ils retrouvaient pourtant une question que posait déjà Zhuangzi : que vaut un prestige qu’on paie de sa liberté ?
D’autres encore deviennent des symboles. Confucius a été attaqué pendant la Révolution culturelle, puis célébré à la télévision une trentaine d’années plus tard. Le même nom, mais pas tout à fait le même Confucius.
La question n’est donc pas de savoir si les Chinois obéissent encore à leurs philosophes. Elle est plutôt de voir comment ils continuent de discuter avec eux.



