On entend souvent que les jeunes Chinois sont pris dans une compétition infernale, et qu’ils finissent par abandonner. Ils renonceraient à l’effort, à la carrière, voire à toute ambition. Le mot 躺平 (tǎngpíng), « rester allongé », est devenu le symbole de cette génération qui aurait baissé les bras.
Ce n’est pas tout à fait faux. La pression est réelle : un gaokao qui conditionne l’avenir, des diplômés toujours plus nombreux, des journées de travail interminables dans certains secteurs. Et une partie de la jeunesse chinoise a effectivement choisi de ralentir.
Mais ceux-là sont loin d’être la majorité.
Beaucoup continuent de jouer le jeu, et certains s’y épanouissent. Quant à ceux qui ralentissent, ils ne renoncent pas forcément. Certains font une pause après vingt ans de compétition. D’autres quittent Shanghai pour ouvrir un café à Dali, ce qui n’a rien d’un abandon : c’est encore travailler, prendre des risques, entreprendre. Simplement, ils ont choisi eux-mêmes les règles.
Dans cet épisode, je parle du prix de la réussite pour les jeunes Chinois, et de ce qui pousse certains à chercher une autre voie. Pour le comprendre, il faut remonter loin : aux examens impériaux, aux parents ouvriers des années 1980 qui répétaient « travaille bien à l’école, tu n’auras pas notre vie », à une promesse qui a fonctionné pendant quarante ans avant de commencer à se gripper.
Au fond, ces jeunes se posent une question qui nous est familière : quelle place donner au travail et à l’effort dans sa vie ? En Chine, elle se pose avec une intensité particulière, parce que la réussite y reste souvent une affaire de famille. Mais elle n’est pas si éloignée de nos propres débats.




