Fin août 2026, sept candidats à la présidentielle se sont succédé devant le Medef, à Paris. Ce premier grand débat de la campagne 1 a beaucoup parlé d'industrie, et un mot est revenu, d'un camp à l'autre : la Chine.
Une stratégie qui viendrait couler nos usines, éliminer nos filières une à une.
De la droite à la gauche, presque la même image : un pays qui nous menacerait, méthodiquement.
Cette peur n'est pas absurde. La Chine domine désormais les panneaux solaires et les batteries, avance vite sur la voiture électrique, l'éolien, les drones. On a tous, chez nous, des objets qui viennent de là-bas. Alors la question monte, sourde : que va-t-il nous rester ?
Mais avant d'y répondre, il y a un pas de côté à faire. Et il commence par un mot. « Dévorer » ne vient pas de Chine. C'est notre dragon à nous, celui qui garde un trésor et brûle les villages. Le dragon chinois, lui, apporte la pluie et les récoltes. Nous avons habillé la Chine d'un costume qui n'est pas le sien, et ce costume en dit peut-être autant sur nos peurs que sur elle.
Il y a aussi une confusion tenace. « Made in China » n'a jamais voulu dire « valeur captée par la Chine ». Longtemps, sur un objet fabriqué là-bas, l'essentiel de la marge repartait ailleurs : la conception, la marque, le logiciel. Ce qui change aujourd'hui, ce n'est pas que la Chine fabrique nos objets (elle le fait depuis trente ans), c'est qu'elle apprenne aussi à les concevoir. L'atelier du monde a commencé à signer ses propres plans.
Et la vraie peur, la plus sourde, n'est peut-être pas « ils vont tout fabriquer ». C'est plutôt : et s'ils avaient bientôt moins besoin de nous que nous d'eux ? Un pays peut devenir difficile à contourner sans rien posséder directement, simplement en devenant un point de passage obligé. C'est une idée que je creuse dans mon article sur le jeu de go : l'influence n'a pas toujours besoin de conquérir pour compter. Mais attention, être incontournable n'est pas dominer, et la dépendance, quand elle existe vraiment, va rarement à sens unique.

Au fond, la bonne question n'est peut-être pas la Chine va-t-elle tout dévorer ?
. C'est plutôt : qu'est-ce qu'on est prêts, nous, à ne plus savoir faire, et qu'est-ce qu'on veut à tout prix continuer à maîtriser ?
Références
