On entre au Huguang Huiguan pour ses cours sculptées et ses toits superposés ; on en ressort avec une histoire de déracinement. Car ce hall n'est pas un palais, c'est une maison de migrants. Quand les guerres et les épidémies de la fin des Ming eurent vidé le Sichuan, l'empire organisa la venue de centaines de milliers de familles du Hubei, du Hunan et des provinces voisines ; en arrivant à Chongqing, chacune se regroupa par région d'origine et bâtit sa maison commune. Celle-ci, commencée en 1759 et agrandie jusqu'en 1846, est aujourd'hui l'un des plus vastes ensembles de halls de guilde des Qing encore debout en Chine. On y priait Yu le Grand, le dompteur des crues, pour s'attirer de bonnes récoltes. Ces photos s'attardent sur ce paradoxe tranquille : un lieu somptueux né d'un exil, et qui rappelle que le Chongqing d'aujourd'hui est, au fond, une ville de venus d'ailleurs.















