En 2026, pour la première fois depuis près de vingt ans, la Chine est vue plus favorablement que les États-Unis dans la plupart des pays interrogés 1 : vingt-cinq sur trente-six. On pourrait en tirer une histoire simple, l'Amérique descend, la Chine monte. Mais l'enquête précise que le mouvement tient surtout au recul de l'image américaine.
Autrement dit, la Chine n'a pas tellement gagné ; c'est l'autre qui a beaucoup perdu.
Ce détail change tout. Car pour croire qu'un pays « monte » quand l'autre « descend », il faut imaginer la confiance comme une balance. Or ce n'est peut-être plus ainsi que nous regardons le monde. Pendant longtemps, le « modèle occidental » se présentait comme un bloc : démocratie, prospérité, innovation, infrastructures. On le prenait entier, ou on le refusait. Aujourd'hui, le jugement se découpe. On peut préférer les universités américaines, les institutions européennes, rouler en voiture chinoise et trouver qu'une ville chinoise « fait plus futur » que la sienne. Nous sommes passés du modèle au menu.
Ce menu, on le voit se remplir partout. Des jeunes Occidentaux imitent des habitudes chinoises sur TikTok (le « Chinamaxxing »), moins par amour de la Chine que par déception envers leur propre horizon. Des industriels font le même geste : dans les enquêtes de la Chambre de commerce allemande2, beaucoup d'entreprises pensent désormais que l'innovation de leur secteur se jouera en Chine, et y vont pour apprendre autant que pour produire. Plus loin, en Afrique, l'influence chinoise est jugée positivement par une large majorité3.
Aucun de ces gens n'a vraiment « choisi la Chine ». C'est précisément ce qui est intéressant. Ce qui change, ce n'est pas tant la Chine que notre façon de la regarder. Longtemps, l'Occident n'avait pas besoin de convaincre : il était le point de comparaison. C'est peut-être cela qui s'efface. Reste une question plus difficile qu'il n'y paraît : quand nous disons qu'un pays « fonctionne », qu'est-ce que nous mesurons vraiment ?
Références


